Skip to content

Psychoweb

Ecran diminué  Ecran large  Augmenter la taille de la police  Diminuer la taille de la police  Taille par défaut 
Chemin :    Accueil arrow Divertissement arrow HumourPsy arrow Plaintes contre X... Files
Plaintes contre X... Files Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : Divers, Catégorie : HumourPsy

Proposé par Stephane Desbrosses, le 27-10-2009



Une épidémie anormale ou paranormale?C'est une histoire à l'apparence paranormale qui débuta en ce vendredi 24 octobre 1997, dans un établissement scolaire du nord de la France. A la veille des vacances de la fête des morts, Le SAMU alerta la direction départementale des affaires sanitaires et sociales pour une étrange épidémie : 32 élèves d'un même collège venaient d'être transférés en urgence dans le centre hospitalier le plus proche.

Une singulière épidémie

Ces élèves présentaient un mal mystérieux laissant perplexes les médecins : rougeurs et démangeaisons qui, bien que sans gravité, ne s’expliquaient guère de manière satisfaisante. Sans avoir pu établir de diagnostic précis, les médecins renvoyèrent leurs patients à la maison, jugeant bénignes les manifestations observées. La population semblait toutefois inquiète : les pompiers avaient effectué des prélèvements environnementaux dans le collège, la presse s’intéressait à l’affaire et la DDASS s’interrogeait toujours sur l’origine de cette soudaine épidémie… Intoxication ? Agent infectieux ? L’état des élèves semblait somme toute satisfaisant, un peu de repos lors des vacances et l’affaire serait vite oubliée…

Pourtant, le mercredi 5 novembre, à la rentrée, l’épidémie réapparaît… Le 6, un comité Parents-élèves se constitue et les parents font appel à la justice en portant plainte contre X. La presse est déjà depuis longtemps sur les lieux à l’affût de la moindre nouvelle sur ce mystérieux caprice de la nature. Le samedi 8, le chef d’établissement, craignant la dissémination d'un agent pathogène par un élève, intervient en organisant une fouille générale des cartables... 10 à 20 cas par jour forcent finalement le Médecin inspecteur de la santé publique à se saisir le lundi suivant de ce délicat dossier. Le mercredi 12, des affiches sont placardées, certifiant que cette maladie pourrait comporter un danger pour les femmes enceintes. Une véritable psychose s’installe. Le 14, finalement, le recteur décide de fermer le complexe lycée-collège afin de le désinfecter.

Qui veut la peau des collégiens?

Les conjectures vont bon train, avec plus d’une centaine de cas répertoriés  ainsi que de nombreuses récidives. Phénomène allergique, intoxication environnementale, agent infectieux, présence de produits chimiques dangereux… Les données permettent au moins d’écarter l’intoxication alimentaire, plusieurs élèves demi-pensionnaires, externes ou internes étant touchés. Mais le Médecin Inspecteur de la Santé Publique (MISP) a également remarqué deux autres données fondamentales : les adultes ne semblent pas touchés par le phénomène, qui se développe à des périodes spécifiques de la semaine. Ce sont probablement ces informations qui vont lui mettre la puce à l’oreille…

La vérité est ailleurs?Dans un premier temps il propose à tout nouveau cas, dans le centre hospitalier le plus proche, un examen dermatologique et un bilan médical. Les bilans sont normaux, les dermatologues sont également perplexes et ne peuvent diagnostiquer que des lésions auto-induites ou une dermatose artefactis, c’est-à-dire, dont l’origine reste un mystère…

Devant l’ampleur émotionnelle du phénomène au sein de la population, le MISP propose également une expertise dermatologique au CHRU de Lille, dans le service spécialisé en dermatologie. Ce sont finalement ces médecins du CHRU qui vont résoudre le mystère, dont l’origine remonte au 17 octobre du mois précédent. 107 cas uniques et 71 cas récidivistes furent alors informés du diagnostic. Les mesures nécessaires furent prises et aucun nouveau cas ne fit son apparition à dater du 14 novembre, l’épidémie était enfin enrayée et le collège rouvrit ses portes quelques jours plus tard. Mais quel évènement déclencheur, le 17 octobre, mis la machine médicale en branle ?

Mulder et Scully, Agents Infectieux?

Au vu de la symptomatologie, les deux experts dermatologues du CHRU ne pouvaient que confirmer le diagnostic des précédents médecins. Lésions auto-induites ou avec cause accidentelle. L'un d'entre eux, cependant, remarqua la similarité de ces lésions avec celles qu'il avait vu quelques semaines auparavant à la télévision, dans la série X-Files, série qui suscitait l'engouement à l'époque, notamment chez les adolescents... L'un des élèves avoua s'être frotté volontairement pour obtenir les lésions. L'atmosphère d'angoisse contribua à l'expansion de "l'épidémie". Curieusement, les nouveaux cas n'apparaissaient que pendant les jours de semaines... Le Misp finit par suggérer un phénomène collectif initié par quelques cas plus ou moins volontaires.
 
distribution des cas - hystérie collective
Distribution des cas de lésions épithéliales - Image BEH (2002)
 
Plusieurs observations corroboraient cette hypothèse. les premiers cas décris étaient ceux de 4 élèves plus âgés et considérés comme leaders, présentant des difficultés d'ordre psychologique et familial. Dans les 32 premiers cas également, plusieurs élèves se connaissaient et se fréquentaient en dehors du lycée. Mais cela seul, n'explique pas l'ampleur qu'a pris le phénomène. Le diagnostic reçu le doux nom de "X-files syndrome". Une fois celui-ci posé, tout rentra dans l'ordre. Mais ce syndrome existe pourtant bel et bien, et porte le nom de "Phénomène psychogène de masse", anciennement appelé hystérie collective. Le nom d'hystérie collective, jugé politiquement incorrect, est toutefois peu à peu délaissé.
 
Notons qu'il touche plus volontiers les adolescents ou (surprise?) le personnel médical, comme en témoignent de nombreuses observations réalisées en hôpitaux ou en cliniques(1). Le sex-ratio est généralement orienté vers une prédominance des femmes, ce qui était le cas ici : 1,8 filles pour 1 garçon. Les affections, atypiques, étranges, fluctuantes et souvent résistantes au diagnostic, se rencontrent plus volontiers pendant les heures de travail que pendant les jours fériés. Le facteur déclenchant peut être un évènement anxiogène. Dans le cas du collège, notons que le jour du début des symptômes coïncidait avec la distribution des bulletins de notes. L’atmosphère d’anxiété collective est un facteur aggravant et même prépondérant, d'où provient justement l'appellation de phénomène de masse . Une certaine fragilité psychologique (nervosité, dépression, antécédents psychiatriques) constitue également un facteur de risque individuel.
 
Si les symptômes sont de mieux en mieux cernés, il reste difficile et néanmoins indispensable d'évoquer précocément le diagnostic pour éviter l'inertie menant à la psychose collective. Quand les médias s'en mêlent, et que la médecine tâtonne, on a tôt fait de s'inquiéter et d'encourager le mouvement, alors que peut être... La vérité est juste ailleurs!
 

Sources :
(1) - Bulletin épidémiologique hebdomadaire, numéro 15-16, 24 Avril 2007.  Les syndromes psychogènes : connaissances acquises et études de cas.
- Letourneau B., Vérité E., Boone B., Bleuzé V., Pons E. (2002). X-Files syndrome dans un établissement scolaire. BEH, 01 Janvier 2002.
Pour en savoir plus :
- Du même auteur, Les phénomènes psychogéniques de masses, sur Psychoweb.
- Du même auteur, Syndrome du bâtiment malsain sur Definitions-de-psychologie.com
 
   

Mots-clés : Epidémiologie, hystérie collective, phénomène psychogène, phénomène de masse, médecine, étude de cas



Ajouter votre commentaire

Attention, ce site n'est pas un site de psychothérapie en ligne! Avant de commenter, veuillez consulter ces conseils.
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent commenter un article.
Aucun commentaire posté
 
< Précédent   Suivant >