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Janis et Mann (1965) : Un peu de manipulation mentale pour arrêter de fumer Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 20-12-2007



Tout serait-il dans la méthode?Janis et Mann travaillaient en 1965 dans le cadre d'une théorie bien connue à l'époque, la théorie de la dissonnance cognitive. Selon cette théorie, on n'amène pas forcément un sujet à changer d'attitude, notamment, vis-à-vis du tabac, avec des arguments seuls. La meilleure méthode est la suivante : amener le sujet à avoir un comportement contraire à ce qu'il pense, si possible, en public...

Une fois le comportement effectué, l'individu est alors dans un état d'esprit bien désagréable : il possède des attitudes, par exemple, il "aime" le tabac, mais il a eu des comportements contraires, par exemple, il a dit "je ne veux plus fumer!". Les comportements effectués ne pouvant être changés, puisqu'on ne peut revenir en arrière sur ce qui est fait, l'individu n'a d'autre choix, que de plier ses attitudes et ses croyances, en faveur du comportement qu'il vient d'avoir...

C'est de ce principe que débute cette expérience...

Lors d'une première phase, Janis et Mann "mesurent" l'attitude des sujets à l'égard du tabac. Ils sélectionne alors 3 groupes de femmes, particulièrement accrocs à la nicotine...

- le premier groupe doit effectuer un jeu de rôle : chaque femme se retrouvent ainsi à prendre le rôle d'une patiente qui a un cancer du poumon, et qui vient de l'apprendre... Bien sûr, on ne force pas ces femmes à jouer ce rôle, on le leur demande, elles sont libres d'accepter ou de refuser... Lors de leur jeu de rôle, elles jouent en public, et sont filmées.

- le deuxième groupe, visionne un film... dans lequel on voit la prestation d’une personne du groupe 1. La tâche des sujets est d’évaluer la prestation, de manière impersonnelle... Ces personnes sont donc peu impliquées vis-à-vis de leur consommation de tabac.

Le groupe 3 est le groupe contrôle qui effectue uniquement les mesures d'attitudes : pour chaque groupe, la première mesure d'attitude vis-à-vis du tabc (est-ce qu'elles aiment le tabac, est-ce qu'elles le trouvent dangereux pour la santé, etc...) se déroulent avant l'expérience. Quelques mois plus tard, une deuxième mesure, est effectuée. A noter : pendant la période entre ces deux mesures, il y avait eu une campagne anti-tabac du gouvernement... Les trois groupes y ont été exposés.

Pour la deuxième mesure, Janis et Mann mesurent l’intention des sujets : combien de cigarettes comptent-elles fumer dans la journée? Comptent-elles s'arrêter? Combien de cigarettes fument-elles désormais régulièrement?. Ces mesures sont effectuées jusqu’à 18 mois après, par questionnaire.

Résultats : les effets sont faibles et instables pour le groupe contrôle, le groupe 3. Personne ne s'est réellement arrêté, ni ne compte le faire, ce qui permet de démontrer que la campagne d'information anti-tabac du gouvernement est un échec cuisant.

Pour le groupe 2, la consommation est moyenne mais stable, il y'a eu une légère diminution. Après 18 mois, les habitudes durent encore. Avoir vu des collègues jouant le rôle de patientes atteintes de cancer du poumon, les as visiblement affecté, bien que légèrement.

Pour le groupe 1, la diminution est à la fois forte et stable : Les femmes fument en moyenne une dizaine de cigarettes en moins par jours, et l’effet dure encore après 18 mois, ce qui laisse suggérer que cela durera encore pas mal de temps... Du reste, plusieurs d'entre elles ont stoppé définitivement.

Qu'est-ce qui a motivé les femmes du 3ème à s'arrêter de fumer? Leur attitude était à priori favorable au tabac... jouer le rôle d'une patiente, se mettre à sa place, c'est également se mettre à la place de quelqu'un dont la maladie a pour cause principale le tabac. Jouer le rôle de quelqu'un qui hait désormais le tabac, et en plus, dénoncer les méfaits de celui-ci, en public, est un vaccin puissant à sa consommation. Les femmes s'étaient impliquées, publiquement. Elles avaient dénigré le tabac, en public, même si cela était un jeu... et elles avaient choisi de bien vouloir le faire. Comment se le sont-elles expliqué? simplement, en ajustant leur système de croyance : "puisque j'ai eu ce comportement, c'est que finalement, je n'aime peut etre pas vraiment le tabac..."

Comme conseil provenant de cette expérience, applicable au tabac, mais en fait, à tout comportement que vous souhaitez avoir, exprimez-le en public!une fois fait, vous vous sentirez engagés par votre parole, d'autant plus qu'il y'a le plus de monde au courant... Désagréable pendant la période qui suit, mais bougrement efficace ;)

Source : Janis I.L. et Mann L., 1965.— Effectiveness of emotional role playing in smoking habits and attitudes. Journal of experimental research in personality. 1, 84-90.
   

Mots-clés : arrêter de fumer, dissonance cognitive, expérimentation, manipulation, stratégies manipulatoires, théorie de l'engagement



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