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Bergum et Lehr (1963 - 1964) : l'effet d'audience Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 20-12-2007



L'effet d'audience : n'importe quelle présence ou surveillance influe sur notre comportement!Dans un contexte de tension internationale d'après-guerre, la surveillance des signaux d'alarme devenait un sujet crucial pour l'armée américaine : si les instruments étaient censés fonctionner sans faille ad eternam, le facteur humain était quant à lui plus qu'incertain : des recrues qui s'endorment devant leur radar, qui se fatiguent, se déconcentrent... Un signal manqué et c'est le résultat d'une guerre éventuelle qui pourrait s'en trouver changé du tout au tout. Du stress, des figures d'autorité sur fond de guerre froide, deux chercheurs en psychologie avides de découvertes... Le résultat? Une expérimentation devenue classique de l'effet d'audience et de la facilitation sociale.

Cobayes à mitraillettes

Alors que le monde ressentait une pression croissante avec l'intensité grandissante des tensions USA-URSS, deux joyeux chercheurs en psychologie, Bruce Bergum et Donald Lehr, participaient modestement au travail de l'armée américaine, en étudiant soldats et officiers, les plaçant dans diverses situations savamment créées pour explorer les comportements des militaires, comme on explorerait les réactions de petits animaux casqués couleur kaki devant un levier ou une lampe qui clignote.
 
Pour le bien de l'armée américaine, pour la protection de la nation, mais aussi et surtout pour la noble cause de la science, Bergum et Lehr, dès 1962, observèrent la vigilance de soldats, dont l'activité consistait à surveiller l'apparition de signaux ou séquences lumineuses dans un ordre précis. A cette occasion, les deux chercheurs avaient noté que des sujets se montraient plus vigilants lorsqu'ils étaient mis en présence d'un second opérateur, réalisant le même travail. Cet effet bien connu des psychologues sociaux, l'effet de co-action (Allport, 1924), indiquait qu'en présence d'un pair effectuant la même tâche, l'individu se montre (sous certaines conditions), plus performant dans la réalisation de cette tâche. Néanmoins, l'effet observé par les deux auteurs, quoique systématique, demeurait relativement faible.
 
Pourtant, une dizaine d'années auparavant, Fraser (1953) trouvait un effet similaire mais plus affirmé, en notant que la présence de l'examinateur lors de l'expérience, augmentait significativement les performances des opérateurs. Bergum et Lehr songèrent à la raison pour laquelle l'expérience de Fraser marchait si bien, tandis que la leur semblait donner lieu à un effet qui ne vaudrait presque pas la peine d'en parler. 
 
Et si la facilitation sociale venait avant tout de l'autorité que représente l'observateur? L'armée, un milieu où la discipline règne en maître(sse), constituait l'endroit idéal pour tester cette hypothèse.

Chef, oui chef!

Les deux auteurs réalisèrent donc une expérimentation dans le but de tester les effets de la présence d'un superviseur de forte autorité sur la vigilance, expérience qui permettrait peut-être de mettre en évidence un effet d'audience significatif.
 
40 recrues de la Garde Nationale Américaine réalisèrent ainsi, au nom de la science, une tâche rébarbative et sans gratification, ayant pour but de mobiliser leur attention sur une longue durée : détecter un signal lumineux et appuyer sur un bouton chaque fois que le signal avait été perçu. Il s'agissait donc pour la recrue de veiller sur le panneau de signaux lumineux... pendant plus de deux heures, dont la majorité passée à se tourner les pouces.

L'expérimentation était volontairement longue, afin que les performances baissent, inévitablement, par fatigue et manque de concentration : elle durait 135 minutes (pré-test de 20 min, 10 min de repos, et l'expérience réelle : 5 périodes contigües de test de 27 minutes chacune), ce qui laissait le temps à l'attention des recrues de diminuer.
 
Les auteurs décidèrent de fixer 2 conditions, deux groupes de 20 sujets ont donc été constitués (aléatoirement, sujets de 18 à 26 ans, de type Americanus Militaris Simplex - c'est-à-dire, des recrues toutes fraîches). Le premier groupe était averti du fait qu'il recevrait plusieurs fois la visite d'un supérieur (d'un lieutenant colonel ou d'un adjudant) durant la réalisation de la tâche. Cette visite se produisit effectivement 4 fois durant l'expérimentation. Le second groupe ne reçut aucune instruction particulière (si ce n'est de se mettre à l'aise, de détecter les signaux et d'appuyer sur le bouton à chaque détection), et aucune visite ne leur fut rendue.

Les auteurs mesuraient les performances (nombres d'erreurs commises : signaux non-détectés) des recrues durant l'épreuve et pendant chaque période de test. Environ 12 signaux par heure étaient programmés, de manière à passer pour aléatoire aux yeux des jeunes militaires.

L'effet Big Brother?

Si les 2 groupes de sujets voyaient leurs performances diminuer sensiblement avec le temps, et dès la première période (ce qui correspond à une diminution normale de l'attention) on nota cependant une différence flagrante, concernant le nombre d'erreurs commises : les sujets du premier groupe (effet d'audience) avaient un taux de bonnes réponses de 79% à la fin de l'expérience. Pour le deuxième groupe ce taux chutait à 34%. Les résultats complets sont représentés dans le tableau ci-dessous :
 
L'effet d'audience et la facilitation sociale

Tandis que les militaires supervisés conservait un taux de détection avoisinant 70 à 80% après la première session, le groupe de militaires tranquilles se laissait visiblement aller : plus de la moitié des signaux non détectés!
 
En apparence, le simple fait de savoir qu'une visite allait avoir lieu, qu'un supérieur se rendrait sur le lieu de l'expérience, amenaient les recrues à augmenter du double leurs performances (par rapport aux recrues qui passait 2h15 sans visites)... En effet, le supérieur hiérarchique ne restait pas longtemps lors de ces visites (juste le temps qu'un signal apparaisse) : autrement dit, les recrues dont le supérieur leur rendait visite quelques fois au cours de l'expérience, détectaient bien mieux le signal, même quand leur supérieur n'était pas là! 
 
L'effet n'est pas marginal ni anodin : sur la dernière session, les performances de la recrue surveillée de temps à autres, augmentent de 46% (135% fois les performances des recrues non surveillées!)
 
Des expériences ultérieures montrèrent que même la présence supposée (et non réelle) d'une personne observant les recrues, suffisait à augmenter de manière sûre, les performances de ceux-ci. On comprend mieux, peut-être, l'intérêt qu'il peut y avoir à laisser les recrues travailler en les surveillant sans rien faire?

Source : Connaissances générales
   

Mots-clés : effet d audience, expérimentation, performance



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