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Les Racines Françaises Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 20-12-2007



Les racines françaises de la psychologie socialeDans un contexte de mouvement social et idéologique, plusieurs auteurs se sont très tôt intéressés, en France, à la position de l'homme et de sa pensée au sein des groupes et sociétés. Sont généralement considérés comme des précurseurs de la psychologie sociale, les auteurs engagés qu'étaient Augustin Hamon, Gabriel Tarde ou encore Gustave Le Bon et son célèbre livre "Psychologie des foules".

1. Augustin Hamon

Certains le considèrent comme le père de la psychologie sociale : il est le premier à tenter une analyse par études interposées, d'un système social fort dans les pays capitalistes, l'Armée. Se considérant comme anarchiste communiste, il entreprend d'étudier l'aliénation que représente le milieu militaire dans un premier livre, Psychologie du militaire professionnel (1894). Il décrit ainsi  le militarisme comme une manière de formater l'individu et de lui assigner une norme contre-nature, celle du meurtre (l'armée est "l'école du crime"), puisque la fonction même du militaire est de tuer.
 
C'est ainsi par le biais d'une explication sociale - et c'est en cela que son approche se révèle novatrice - qu'il tente d'expliquer la survenue de comportements, hors des normes sociales habituelles, mais répondant paradoxalement à une fonction sociale. Par ailleurs, il est un des premiers à pointer le caractère social de l'homme en suivant une démarche qui se veut scientifique. Suivant toutefois ses principes idéologiques, il observe, tente de comprendre et d'expliquer sa société afin de la transformer. Il élabore ainsi ses thèses selon lesquelles des institutions comme l'armée aliènent l'homme en lui assignant des normes sociales délétères, au nom du groupe, tandis que l'individu libre est plus à même de bousculer l'ordre établi et de faire évoluer la société dans le "bon" sens.  Deux idées majeures s'en dégagent, et commencent à former ce qui aurait pu devenir le premier traité de psychologie sociale :

- l’institution : l’effet aliénant. Psychologie du militaire professionnel (1894). Ce livre tente une explication de l'aliénation de l'homme par certaines institutions.
- l’individu/génie : sur la société. Psychologie de l'anarchiste (1895). Ce livre tente d'expliquer le rôle personnel de l'individu au sein de la société, et ces capacités à transformer la société en tant qu'homme libre
Il met également en lumière le rôle de la société en tant que facteur environnemental modérant les prédispositions congénitales.
 
Ses recherches se fondent sur une approche relativement rigoureuse sur la base d'une série d'études, ce qui explique probablement le succès de ses écrits. Cependant, son idéologie retarde la transmission de ses travaux : ses études et la revue qui les édite, entachées par ses passions politiques, finissent par être interdites.

2. Gabriel Tarde

Gabriel Tarde (1843-1904), juriste, philosophe et sociologue, s'illustre par ses interventions  et son opposition dans des procès, à la position de Lombroso pour qui le crime s'explique par sa base biologique. Opposé également à Durkheim, l'approche de Tarde s'axe sur l'idée selon laquelle tout ce qui est social a son origine dans la conscience individuelle. L'une de ses oeuvres majeures,  "La Loi de l'Imitation, propose les tendances psychologiques individuelles comme l'origine des comportements sociaux.
 
Deux forces peuvent les expliquer :
  • l’imitation : c’est le principal responsable du passage de l’individu en société, c'est "le constituant du lien social". On ne peut pas faire autrement qu’imiter, ou contre-imiter, il n y a que des ressemblances et des différences (oppositions) dans les sociétés. L'opposition est par ailleurs elle même une sorte d'imitation, puisqu'il s'agit d'imiter un contraire, le moins ressemblant possible à une base. Cette base est donc encore l'origine qui dicte le processus d'acquisition d'un fait, d'une idée sociale. Il énonce ainsi la loi de l’imitation (1890) : une société est un groupe de gens qui s’imitent ou se contre-imitent entre eux.
  • l'invention, n'est ni plus ni moins qu'un mélange d'imitations, une reformulation. Ainsi, l'homme social ne créé pas de nouveautés à partir de rien mais recombine des idées pour en créer de nouvelles à l'apparence originale.
 
Gabriel Tarde s'intéressera également à la formation et les caractéristiques des foules et corporations (des foules organisées et plus stables), qu'il considère comme élément déclencheur de comportements criminels, sujet pour lequel il entretiendra une correspondance avec Gustave Le Bon. Les travaux de Gabriel tarde s'inscrivent donc non seulement dans une certaine vision de la criminalité, de par sa profession, mais également dans une opposition farouche à l'école durkheimienne pour laquelle les comportements sociaux ont pour origine la société elle même. Encore une fois, l'idéologie pousse les études et la créativité d'un auteur pressenti comme un père de la psychologie sociale.

3. Gustave Le Bon

Le Bon fut un auteur prolifique concernant la psychologie des foules, dont un de ses ouvrages porte d'ailleurs ce nom. Selon lui, la foule psychologique forme un seul être et se trouve soumise à l’unité mentale. Il met en évidence des lois dynamiques qui régissent les groupes, analyse les outils déclencheurs et le comportement des masses humaines. Son oeuvre est cependant jugée peu pertinente par beaucoup de psychologues, d'une part parce que sa légitimité scientifique est critiquée, d'autre part parce que l'idéologie défendue au travers de ses écrits peut gêner : il est en effet l'un des fervents défenseurs d'une hiérarchisation des "races".
 
Néanmoins, son livre "Psychologie des foules", encore édité de nos jours, aura un impact considérable non seulement sur la psychologie sociale d'un point de vue théorique, mais également dans l'application (notamment propagande et contrôle des foules) par la politique.

4. Conclusion

Hamon étudie le comportement du sujet, Tarde étudie le fonctionnement mental de l’individu et Le Bon parle d’entité formée par le groupe ; ces trois concepts relèvent du niveau nomique (description et non explication), bien que des tentatives d'observation et de compréhension soient mises en oeuvre. Tous ces travaux sont cependant soutenus par les passions ou les positions idéologiques fortes.
 
Pour Hamon, tout ce qui relève de la société a une valeur négative et tout ce qui relève de l’individu a une valeur positive, il y a une position politique (anarchiste) préalable. Tarde est opposé à Durkheim et Lombroso, et soutient une position de défense catégorielle. Le Bon a une vision et une position de « Classes ». Il en ressort que, malgré les apports théoriques à la fin du 19ème siècle, les racines françaises sont trop idéologiques pour être scientifiques.
 
C'est alors en Amérique que va se développer une psychologie sociale forte et basée sur l'expérimentation, dans une volonté scientifique d'aborder les comportements sociaux et leurs liens avec la psychologie de l'individu.

Sources :
- Cours de Psychologie Sociale deuxième année ; Dijon. Phillipe Castel; revu et augmenté par Stéphane Desbrosses
- Marpeau B. (2000), Gustave Le Bon : Parcours d'un intellectuel (1841-1931), CNRS Editions, 2000.
- Moscovici S. (2003). Psychologie sociale, PUF, 2003
   

Mots-clés : France, historique, introduction, psychologie sociale, histoire, Hamon, Le Bon, Tarde, idéologie, sociologie



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