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Vampirisme clinique et syndrome de Renfield - Caractéristiques psychopathologiques Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie clinique

Proposé par Stephane Desbrosses, le 06-05-2011



Le syndrome de Renfield, le goût du sangLe vampirisme clinique est un comportement rare observé principalement lors du délire schizophrénique ou en tant que paraphilie. Il consiste en l'ingestion périodique de sang humain ou animal sous sa forme liquide, sans nécessaire attache au mythe des vampires mais plutôt accompagnant une pathologie mentale sous-jacente, dont il est un symptôme. Après la description de Noll (1991-1992), le concept de vampirisme clinique est rencontré à travers les médias et les publications sous le nom de syndrome de Renfield.
Syndrome de Renfield et vampirisme clinique représentent toutefois deux entités distinctes. Le syndrome de Renfield désigne un syndrome dont le vampirisme clinique est caractéristique de la forme la plus grave. Le vampirisme clinique désigne un symptôme que l'on peut rencontrer hors du cadre du syndrome de Renfield.

Résumé des principaux critères du DSM

Le vampirisme clinique n'est pas une pathologie reconnue dans le DSM, d'une part du fait de sa rareté, d'autre part parce qu'il s'agit davantage d'un symptôme, principalement associé aux délires schizophréniques, psychopathies et aux paraphilies, que d'une entité clinique à part entière.

Les critères avancés par Noll (1992) conduisent à envisager le vampirisme clinique sous la forme de la recherche et l'ingestion inappropriée de sang, que ce soit le sang propre (auto-vampirisme) ou le sang d'autrui. Le symptôme n'a généralement aucun lien avec le mythe des vampires suceurs de sang, mais relève davantage du fétichisme en tant que paraphilie atypique.

Toutefois, le vampirisme clinique se rencontre hors ingestion, ou comme symptôme étranger à une éventuelle pulsion érotique. Aussi, la composante de plaisir sexuel permettrait plutôt de caractériser la spécificité du syndrome de Renfield, l'une des formes cliniques dans lesquelles on peut rencontrer le symptôme de vampirisme clinique. Suivant cette hypothèse, le tableau clinique du syndrome de Renfield est proche de celui décrit dans le fétichisme[1] : sur une période d'au moins 6 mois, des envies intenses et récurrentes de sang, sans se limiter à l'ingestion à partir d'un être vivant, dont la satisfaction procure du plaisir, voire remplace les activités sexuelles classiques, entraînant des souffrances personnelles et difficultés relationnelles et sociales.

Données épidémiologiques / prévalence

Le vampirisme clinique est un symptôme rare et atypique, décrit majoritairement chez les hommes. Sa fréquence ne peut être estimée. Certains auteurs (Bourguignon, 1977) estiment que le symptôme pourrait être moins rare qu'il n'y parait, notamment sous des formes mineures, sachant que seuls les cas les plus spectaculaires sont répertoriés [2]. Les comportements les plus dangereux et agressifs sont le fait des hommes, les femmes n'agressant que plus rarement d'autres personnes sous le joug d'une pulsion ou d'un délire.

Caractéristiques psychopathologiques

Symptomatologie

On peut tirer une classification de 3 types de vampirisme selon leurs sous-bassements psychologiques et leur co-morbidité " habituelle " :

1/ Le Syndrome de Renfield désigne la fascination fétichiste pour l'ingestion de sang, habituellement sans lien direct avec le mythe des vampires. Ce syndrome relève des paraphilies et accompagne fréquemment d'autres tendances issues ou proches de la fascination pour le sang, la douleur ou la mort, tels que tendances sadiques, nécrophiles, cannibales, sur fond de trouble identitaire. Il se rencontre sous des formes mineures à un stade précoce (auto-vampirisme) et peut émerger en formes plus spectaculaires conduisant le sujet à ingérer périodiquement et de manière compulsive, le sang ou la chair crue d'animaux, et possiblement d'humains. Le vampirisme est alors dans la plupart de ces formes majeures, la composante d'une psychopathie sévère, dans laquelle la recherche et l'ingestion de sang sont associées à un plaisir sexuel intense, visible dès l'adolescence, voire l'enfance. C'est sous ce tableau clinique que l'on retrouvera la majorité des meurtriers "vampires" en série, sachant toutefois que les médias ont une forte tendance à nommer "vampires" les cas brutaux et sanglants, choquant l'opinion, sans pour autant que l'ingestion de sang soit avérée.

2/ Le vampirisme clinique en tant que symptôme délirant peut se rencontrer chez les psychotiques et lors de bouffées délirantes, accompagné parfois d'auto-mutilation et d'hétéro-agressivité. Le lien à la mythologie peut être plus direct (issus par exemple, de la culture et de l'environnement de l'individu) ou complètement absent. Le vampirisme est alors un symptôme délirant, qui se caractérise principalement comme composante d'un délire d'ordre supérieur, psychotique, signe avant-coureur d'une schizophrénie naissante ou thème délirant d'une schizophrénie installée, apparue aux alentours de 15 à 30 ans. Troubles borderlines et crises délirantes peuvent présenter ce symptôme. Les cas de vampirisme clinique de ce type sont considérés extrêmement rares, mais avec des exemples confirmés[3], et probablement sous-estimés.

3/ Fascination pour le sang et ingestion se rencontrent également lors de la période charnière de l'adolescence, repris dans certaines sous-cultures (par exemple, gothique) et à travers les médias du fait de la fascination qu'exercent les créatures vampiriques sur l'imagination des auteurs tant que des lecteurs/spectateurs. S'il arrive qu'il y'ait effectivement ingestion de sang, c'est généralement dans le cadre organisé d'un mode de vie et de recherche identitaire ou culturelle particuliers. Le symptôme, mineur, s'accompagne fréquemment d'auto-mutilation, en l'absence de pathologie majeure et à l'adolescence principalement. Il peut être un signe avant-gardiste de mal-être général, de difficultés sociaux-affectives et de tentative de suicide.

On peut également noter l'apparition anecdotique, plus rare, de symptômes d'auto-vampirisme (menant parfois jusqu'à l'anémie[4] ou l'injection volontaire de sang parfois issues de techniques thérapeutiques (Eigenblut-Injektionen) dans des pathomimies telles que Munchausen.

Relations interpersonnelles

Dans les trois cas, les relations personnelles ne pâtissent pas directement du symptôme mais de l'éventuelle pathologie sous-jacente :
1/ Les paraphilies peuvent entraîner une obsession et un trouble anxieux, dont résultent des difficultés dans les relations sociales et affectives. Elles peuvent également déboucher sur des activités criminelles (vol, agression) selon le degré de psychopathie et l'intensité du plaisir sexuel lié à la vue ou l'ingestion du sang.
2/ Le caractère psychotique s'accompagne d'un émoussement affectif et de perturbations graves des relations interpersonnelles, surtout en phase critique lors desquelles le patient est totalement déconnecté de la réalité, et peut se montrer dangereux pour lui-même et pour les autres.
3/ Dans le cas d'une "simple" fascination d'ordre culturel et identitaire, la difficulté préalable d'entretenir des relations interpersonnelles est parfois l'origine même du comportement de vampirisme.

Expressions émotionnelles, affectives, style cognitif

Là encore, le lien à la pathologie ou l'état sous-jacents détermine les composantes psychiques de l'individu. 1/ Style cognitif obsessionnel et anxieux avec des difficultés à établir un réseau social, voire total manque d'empathie et relations sociales caractérisées par l'utilisation et la manipulation d'autrui. 2/ Expressions émotionnelles ambivalentes, clivage et délires. 3/ Timidité, personnalité évitante ou excentrique, pas forcément de désordre affectif ou de perturbation dans le sens où l'adolescent peut parfaitement trouver une communauté dans laquelle s'épanouir. Un repli sur soi et par contre annonciateur d'une baisse de la sociabilité et du bien-être individuel. Certains cas sont limites, avec une frontière floue entre réalité et fiction, qui donne aux relations affectives et sociales un caractère étrange.

Le syndrome de Renfield

Le syndrome de Renfield est selon Noll (1992)[5], une entité clinique propre, nommée en l'honneur d'un personnage du roman de Bram Stocker. Renfield voyait dans le sang l'énergie vitale d'un être, et cherchait conséquemment à se l'approprier en mangeant des insectes, puis en s'attaquant à des animaux. On rencontre régulièrement des croyances de cet ordre (vol d'énergie, rajeunissement) chez les vampires cliniques. La forme la plus grave de ce désordre évoluerait en 4 stades :
-    Dans un premier temps et à la suite d'un évènement accidentel (coupure, blessure ouverte), l'enfant ingère du sang et trouve un plaisir dans cette consommation.
-    Cette première ingestion peut être suivie par la recherche de ce plaisir, dans la nourriture ou dans son propre sang. Il arrive alors que l'enfant/adolescent se mutile pour sucer son sang (auto-vampirisme) ou puisse selon les circonstances mais relativement rarement, avoir accès à du sang humain. A la puberté, le sang est associé aux activités sexuelles, telles que la masturbation. Le renforcement positif du plaisir associé peut alors conduire à un troisième stade :
-    L'agression envers les animaux vivants (zoophagie), entaillés ou tués pour boire leur sang. Les animaux de compagnie et domestiques sont privilégiés du fait de leur proximité. L'intensité agressive évolue crescendo, possiblement jusqu'au 4ème stade :
-    Vampirisme clinique, dans lequel la recherche de sang humain est la priorité. Elle peut amener à des comportements criminels (vol, meurtre). Plusieurs cas de meurtriers en série, rendu spectaculaires de par cette spécificité peuvent être pris en exemple : Peter Kürten, John Haigh…

Le syndrome de Renfield correspond à la première des caractéristiques psychopathologiques analysées sur cet article, en lien avec l'évolution d'un plaisir sexuel associé à l'absorption ou la contemplation de sang. Ce sang est objet de fétichisme et souvent entouré de croyances, liées ou non à la culture vampirique. De simple paraphilie dans les premiers stades, l'évolution est plus rapide et néfaste selon le degré de psychopathie. Généralement, dans les deux derniers stades, on observe la co-morbidité de plusieurs symptômes d'allure psychopathique : sadisme, nécrophilie, perte d'intérêt pour la sexualité classique.

On ignore en quelle proportion, mais l'évolution peut stopper lors du 2ème stade. L'évolution du 3ème au 4ème stade semble cependant fréquente. Les consultations font généralement suite à une procédure judiciaire. La recherche du sang peut en effet conduire l'individu à agresser, voler du sang dans les boucheries ou les hôpitaux, voire tuer pour assouvir ses pulsions.

Paradoxalement, dans le roman de Bram Stocker, Renfield se comporte davantage comme un psychotique emmené dans ses délires à boire le sang de ses victimes, à l'image du schizophrène Richard Trenton Chase. Richard Noll, selon nous, réalise une confusion dans la description du syndrome de Renfield, en amalgamant les comportements sous-tendus par la paraphilie ou le délire. Dans la première, l'idée-clé sous-tendant le comportement est le plaisir sexuel associé. Dans la deuxième, et dans les formes de psychoses, la recherche de sang s'inscrit dans une thématique délirante. Ces distinctions se fondent sur des exemples répertoriés et décrits dansl'article suivant : Vampirisme Clinique et syndrome de Renfield : Exemples et discussions.

[1] (Collectif). DSM-IV-tr (2000). A.P.A.
[2] Bourguignon A. (1977). "Status of vampirism and autovampirism." Ann. Med. Psychol. 1(2) : p. 181-96
[3] Benezech M. et al (1981). "Canibalism and  vampirism in paranoid schizophrenia". Journal of Clinical Psychiatry. 42. p. 7
[4] Jensen H.M., Poulsen H.D. (2002). "Auto-vampirism in schizophrenia". Nord J. Psychiatry ; 56(1) : p. 47-8
[5] Noll R. (1991-1992). "Vampires, Werewolves & Demons. 20th Reports in the Psychiatric Literature". Brunner/Mazel Publishing, Inc. New York. 1992
- Prins H., (1985). "Vampirism, a clinical condition". British Journal of Psychiatry. 146 : p. 666-668
- Hemphill Z.E., Zabow T. (1983). "Clinical vampirism. A presentation of 3 cases and a re-evaluation of Haigh, the 'acid-bath murderer'.". S. Afr. Med. J. 19;63(8) : p. 278-81.
- Jaffe P., DiCataldo F. (1994).  "Clinical vampirism : blending myth and reality". Bull. Am. Acad. Psychiatry Law. 22(4) : p. 533-44
- Krafft-Ebing R. F. (1886). Psychopathia Sexualis (1886). Réédition Bloat Books (1999)
   

Mots-clés : psychopathologie, psychologie clinique, vampirisme, vampire, Renfield, paraphilie, sexualité, psychopathie, compulsion, schizophrénie, délire, psychose, adolescence

3 commentaire(s)

Ecrit par: Manula le 10-12-2011

Existe-t-il un moyen de reconnaitre un personne touchées? Y à-t-il des des caractéristique qui apparaisse à l'ingestion répété et fréquente de sang?

 

Ecrit par: Stephane le 12-12-2011

Intéressante question. 
 
Le sang cru est vecteur de nombreuses maladies de même que les viandes mal-cuites. Le sang humain cru, encore davantage puisque certaines touchant le sang sont typiquement humaines (bactéries, virus, parasites...). 
 
Sans vouloir jouer au docteur Mallard, cela me rappelle la piquante anecdote de cette maladie découverte après observation d'une tribu guinéenne. Les rites de cette tribu consistaient, à la mort d'un membre de la tribu, à le manger. Malheureusement, un prion (une protéine pathogène sans adn, entrainant le Kuru) transmissible par la nature du rite anthropophage s'est propagé aux femmes et enfants de la tribu, de par l'ingestion. Bien qu'elle fut transmissible par l'ingestion du système nerveux et non du sang, cette maladie éclaire sur le fait qu'une maladie puisse se transmettre quasi-uniquement par le fait d'ingérer (seule cette tribu était touchée à un grand degré par cette affection) 
 
Bref, l'ingestion de sang humain cru peut entraîner plusieurs pathologies, bien que passant par le système digestif, certaines maladies que l'on craint généralement, transmissibles par le sang, ne le sont plus par ingestion. 
 
Quoiqu'il en soit, toute maladie susceptible d'être transmissible par le sang sans que l'on ne trouve de raisons ou d'épisodes expliquant la transmission (partage de seringue, contact de sang par une plaie, etc...) pourrait faire suspecter l'ingestion (accidentelle ou volontaire!).  
 
L'ingestion de sang humain n'est de toute façon pas un régime adéquat pour un autre humain, il peut par exemple noircir les selles (de la même façon que lorsqu'on a une hémorragie dans le tube digestif). Là encore, si le régime de l'individu ou une autre pathologie organique ne peut pas expliquer des signes cliniques de ce genre, on peut suspecter le vampirisme. 
 
Deux choses néanmoins : il faut se souvenir qu'il s'agit d'une pathologie très rare. Ensuite, c'est plutôt le boulot du médecin de détecter les signes organiques - quoique bien évidemment, le psy peut apporter son idée. Le psy devra davantage se focaliser sur les signes psychologiques, comme ils sont décrits dans cet article.

 

Ecrit par: Manula le 12-12-2011

Merci beaucoup, Stéphane. Malheureusement, et comme tu l'a dit, un psychologue ne peut pas vraiment faire ce genre de prélèvement. 
Mais j'ai déjà entendu parlé de cette tribu guinéenne touchée du "Kuru", maladie s'apparentant à la vache folle.

 


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