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Les séries médicales télévisées sont-elles bénéfiques? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : news, Catégorie : reflexions-actus

Proposé par Stephane Desbrosses, le 22-10-2008

Grey's Anatomy, l'une des séries médicales les plus regardéesLorsqu'un docteur Mamour récite son diagnostic, la ferveur dans les yeux en appelant du regard sa protégée, touche-t-il seulement le coeur du téléspectateur? Qu'ils soient urgentistes, chirurgiens ou diagnosticiens revêches, les héros de séries médicales, à en juger par le succès de chaque épisode, détiennent un potentiel énorme d'information et de prévention de la santé, auprès de leurs adeptes. Qu'en est-il réellement? Deux études récemment publiées par la Kaiser Family Foundation mettent en lumière l'impact impressionnant des informations médicales véhiculées par le petit écran...

L'effet Grey's Anatomy

Avec près de 20 millions d'accrocs de cette série aux Etats-Unis, Grey's Anatomy représente un divertissement parmi les plus regardés. Si la majeure partie des téléspectateurs souhaitent en effet et avant tout, en visionnant un épisode, se divertir, chaque épisode constitue également l'occasion d'évoquer des informations médicales valides. Et les scénaristes ne s'y trompent pas : plus ça sonne vrai, mieux cela semble divertir.

Une équipe de recherche menée par Victoria Rideout, directrice du programme pour l'étude des Médias et de la Santé de la Kaiser Familiy Foundation, a souhaité examiner l'effet que pouvait avoir une telle série sur les connaissances médicales absorbées par le téléspectateur. Pour cela, l'équipe s'est volontairement immiscée dans le scénario d'un épisode pour y faire passer une information peu connue.

Ainsi, la trame de cet épisode inclue un femme enceinte et ayant contracté le VIH, qui apprend qu'avec le traitement approprié, elle a 98% de probabilité de donner naissance à un bébé sain [1].

Les expérimentateurs réalisèrent des sondages téléphoniques une semaine avant la diffusion de l'épisode, une semaine après, puis 6 semaines après. L'étude montre une prise de conscience étonnante de l'information médicale à propos de la transmission du Virus : avant l'épisode, seules 15% des personnes interrogées (et adeptes de la série) savaient qu'avec un traitement approprié, les risques de transmission s'affaiblissaient notablement. Après l'épisode, 61%, ce qui représente un taux déjà conséquent... Mais sur une population énorme, l'apprentissage de cette information concernant alors environ 8 millions de personnes! 6 semaines après la diffusion de l'épisode, 45% des téléspectateurs étaient à même de répondre correctement à propos du taux de transmission avec une prise en charge adéquate. Une chute par rapport aux 61%, mais toujours trois fois plus qu'avant la diffusion de l'épisode...

Comme le rappelle Victoria Rideout, cette étude montre l'impact du monde médical télévisé sur la prise de connaissance d'information, pour le meilleur et pour le pire : ces résultats mettent en évidence, d'une part, l'énorme potentiel de ces séries, mais également leur responsabilité. De nombreux téléspectateurs absorbent l'information fournie, aussi, est-il plus que jamais nécessaire que celle-ci soit correcte!

Médico-Prime-time 

Une seconde recherche accompagnant cette étude, menée par la fondation et l'USC Annenberg Norman Lear Center’s Hollywood, Health & Society, indique que les sujets médicaux sont particulièrement abordés aux heures de forte audience. Une analyse réalisée sur trois saisons (2004-2006) montre que 6 épisodes ou émissions, sur 10 ayant réalisé les meilleures audiences, contiennent à des degré divers, de l'information médicale. Certains (32%) fournissent une information solide et conséquente, et d'autres (29%) fournissent tout de même une information modérée, ce qui suggère que de nombreux téléspectateurs sont régulièrement exposés à de l'information à caractère médical.

Cette exposition modifie-t-elle le comportement des téléspectateurs? Une mesure des "conséquences" réalisée lors de l'étude du cas Grey's Anatomy révèle que 17% des téléspectateurs, soit près de 3 millions de personnes, se sont par la suite renseignées sur les informations médicales auxquelles ils avaient été exposée, que cela soit directement via Internet, ou en demandant de plus amples renseignements à leur médecin, par exemple. 

Toutes ces conclusions attestent du pouvoir informatif voire incitatif, des séries TV à caractère médical. Que les informations soit placées dans les épisodes pour les besoins de leur création, ou pour faire passer un message effectif, elles sont heureusement contrôlées, dans la plupart des cas, par des professionnels. Ainsi que l'explique Elizabeth Klaviter, directrice de recherches médicales pour ces séries télévisées :

"Nous savons depuis longtemps que Grey's Anatomy retient l'attention de nombreux passionnés et engagés. Cette étude nous montre combien cette série affecte les connaissances médicales de nos spectateurs. Nous prenons cette responsabilité très au sérieux."

Résultats complémentaires


Television as a Health Educator: A Case Study of Grey's Anatomy :

  • Avant la diffusion de l'épisode cible, 61% des personnes interrogés pensaient qu'il est irresponsable pour une femme ayant contracté le VIH, d'avoir un bébé. 34% après l'épisode, puis 47% après 6 semaines. L'attitude envers les femmes enceintes et séropositives a changé pour 14% des personnes, durablement. Ces résultats montrent comment l'on peut lutter contre les stéréotypes et améliorer l'intégration de personnes grâce aux messages véhiculés dans les émissions de télévision. Un résultat important, si l'on considère que de nombreuses femmes séropositives qui veulent un enfant font face à la désapprobation et l'incompréhension de leur entourage.
  • 29% des téléspectateurs de Grey's Anatomy pensent que l'information médicale contenu dans la série est pertinente, tandis que 58% pensent que cette information est quelque peu fiable. Si de nombreux professionnels s'insurgent contre les séries médicales, il faut reconnaître que l'information donnée a un sens, et est surveillée. Le risque 0 n'existe pas toutefois, et il est évident qu'une série ne peut détailler l'ensemble des informations utiles ou nécessaires, à moins d'être un documentaire... et de faire moins d'audience. Un éternel équilibre entre l'information apportée et son caractère complet et exhaustif.
  • 45% des téléspectateurs affirment avoir appris en regardant cette série.
  • L'information s'étend : après la diffusion de l'épisode, l'information à propos de la transmission du VIH d'une mère enceinte à son enfant, et de l'importance de la prise en charge, a été relayée sur au moins 35 sites et blogs. De nombreux auteurs se sont effectivement renseignés sur cette information, et l'ont transmise à leurs lecteurs (ainsi que nous le faisons!).

How Healthy is Prime Time? An Analysis of Health Content in Popular Prime Time Television Programs:

  • On pourra peut être regretter que les maladies orphelines, ou du moins, rares, aient la faveur des épisodes de séries ou d'émissions télévisées. Elles sont 4 fois plus présentes que les troubles cardiaques, 5 fois plus présentes que les cancers communs, 20 fois plus présentes que le diabète, qui sont toutes trois des pathologies prévalentes aux USA.
  • On regrettera également que les histoires à caractère médical traitent en priorités des symptômes (65%), du traitement (59%) et du diagnostic (50%), plutôt que de la prévention (10%)...
  • Seulement 10% des épisodes présentent de l'information utile de nature administrative ou de l'aide, par exemple, concernant le service à contacter pour telle ou telle pathologie.

A cause des différences entre les programmes regardés, les Américains d'origine africaine ou hispanique sont exposés à moins d'information médicale que l'ensemble des téléspectateurs (792 informations à caractère médical pour l'ensemble des téléspectateurs, concernant les 10 émissions les plus regardées, contre 698 et 594, respectivement, pour les 10 émissions regardées par les Américains d'origine hispanique et africaine.
 

[1] En effet, un groupe d'études validées par le ministère de la santé montre que le taux de transmission du VIH-1 peut être abaissé de 14 à 5, voire 2%, avec une prise en charge bithérapique et antirétrovirale, sur la base de l'association AZT-3TC, comme l'indique cette étude :

http://www.sante.gouv.fr/pdf/dossiers/sidahop/ch12.pdf

La transmission du VIH-2 de la mère à l'enfant est estimée à 1 à 2%. Si la majorité des cas de transmission d'infection s'opèrent dans les dernières semaines de grossesse ou pendant l'accouchement, la prise en charge précoce réduit donc notablement ce risque de transmission.

Sources : Television as a Health Educator: A Case Study of Grey’s Anatomy & How Healthy is Prime Time? An Analysis of Health Content in Popular Prime Time Television Programs. Disponibles en ligne depuis septembre 2008 (lecture le 22.10.2008). Etudes menées par la Kaiser Family Foundation.

   

Mots-clés : santé, prévention, médecine, médical, série, Dr House, Urgences, Scrubs, Grey'sanatomy, informations, télévision, VIH

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3 commentaire(s)

Ecrit par: Claire Langier le 22-10-2008

Excellent! cela justifie certainement notre rubrique CinePsy ;).  
 
Il est cependant vrai qu'étant professionnels, on entend parfois dans ces séries des choses qui nous hérissent le poil... 
 
Mais à quand un Docteur House spécial psycho!? ;)

 

Ecrit par: Stephane le 22-10-2008

J'y avais songé, et avait préparé quelques études de cas assez atypiques. Une autre Claire et moi parlions récemment, par exemple, d'une maladie génétique relativement rare qui cause à l'une de ses patientes un retard et des symptômes assez caractéristiques. C'est passionnant mais aussi très dur, ça demande pas mal de temps et au vu de la participation aux études de cas, je pense que ça n'en vaut que peu la peine pour le moment. 
 
En tout cas, certes, l'information véhiculée n'est pas toujours très pertinente, parfois, on voit les faux médecins s'étonner d'un truc anodin comme s'ils l'entendaient pour la première fois et que c'était rare ^^.  
 
Cela dit, il faut peut être s'extraire de notre position pour en saisir les intérêts. De nombreux et purs scientifiques voudraient imposer d'emblée leur science et leurs vérités sous prétexte "qu'elles sont ce qui est vrai", en quelque sorte. C'est carré, mais pas très pédagogue, je lis parfois certaines critiques dont on pourrait croire qu'elles révèlent un sévère manque d'empathie et une certaine prétention... Une autre méthodologie utile implique de savoir se mettre à la place du lecteur ou spectateur, et transformer la science de manière à ce que ce lecteur puisse l'intégrer. C'est ce qu'on fait avec les jeux éducatifs, et ce n'est pas "anti-scientifique". 
 
Dans l'éducation elle même, c'est ce qu'on fait, prenons l'exemple des maths : lorsque vous êtes petit, on ne vous parle que d'addition. deux pommes plus une pomme, ça fait trois pommes. Le genre de problème tel que "tu as trois pommes et on t'en retire 5, combien en reste-t-il?" n'a aucun sens dans ce système de pensée, c'est pourtant bien par là que l'on commence. puis l'on apprend l'existence des chiffres et nombres négatif, puis des fractions... un jour, on vous présente les nombres carrés en vous disant qu'un carré est toujours positif, jusqu'à ce que l'on découvre les nombres complexes... 
 
Les sciences évoluent de la même façon. Peux-t-on dire d'un discours de Newton qu'il n'est pas "scientifique" sous prétexte que depuis, de nombreuses avancées ont permis d'améliorer les théories? Il y'a visiblement des sciences adaptées à des époques et à des populations visées.  
 
Je crois important de reconnaitre qu'enseigner les sciences demande d'autres capacités que de seulement être bon dans son domaine (je ne prétends pas le faire, attention). Pourquoi quelqu'un ferait-il l'effort de lire la toute puissante science du grand savant lorsque celui-ci n'est pas fichu de faire l'effort d'adapter celle-ci et de la rendre agréable, passionnante. C'est une interaction, chacun des participants doit y aller de son compromis. 
 
Les séries peuvent être une première étape : donner envie aux gens de se renseigner davantage, et ça marche, apparemment!

 

Ecrit par: Aurelie le 01-11-2008

Il semble que cette argumentation ne soit pas dénuée de fondements. J'avoue que je me suis interrogée sur la pertinence de ces propos, j'ai effectué quelques recherches et prépare un article sur le sujet, car de récentes études peuvent apporter un petit éclairage sur la pédagogie "vulgarisatrice". D'une part, plusieurs études montrent que la vulgarisation intensive produit des informations fallacieuses si ce n'est dangereuses, d'autres part, l'adaptation du discours des scientifiques pour un public moins savant, semble tout de même être un exercice difficile, et pas forcément à la portée de tous. Pablo Jensen, un physicien et économiste, je crois, montrait cet été que les meilleurs scientifiques (du point de vue de la réussite dans leur branche) sont également ceux qui vulgarisent (conséquemment, ceux qui savent vulgariser).

 


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