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Le déterminisme nous rend-t-il immoral? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : news, Catégorie : reflexions-actus

Proposé par Stephane Desbrosses, le 26-08-2008



Morale, responsabilité et justice sont-ils si liés à la conception qu'on a de l'univers?Plusieurs scientifiques et philosophes sont convaincus de l’inexistence du libre-arbitre. Selon ces sceptiques, tout ce qui est présent et avenir découle et dépend uniquement du passé. Nos actions sont d’inévitables conséquences d’événements qui mènent plus ou moins directement à ces actions. Nous ne pourrions donc effectuer de choix réellement libres. Cette position philosophique, à son apogée lors du 18ème siècle, s’est vue réactualisée et mise en avant récemment, notamment dans la librairie populaire de science ou des articles de magazine.

Devrions-nous nous en inquiéter? Libre-arbitre, justice et responsabilité, sont souvent associés…  Si le monde vient à penser qu’il ne détient aucun libre-arbitre, quelles en seront les conséquences sur le sentiment de responsabilité de chacun, et sur ses actes ?

Mise en condition 

Les psychologues Kathleen Vohs de l’Université du Minnesota, et Jonathan Schooler de l’Université de Californie à Santa Barbara, se sont posés cette question en mettant en place une judicieuse expérimentation. Dans un premier temps, ils donnaient à lire, à leurs participants, des passages provenant du livre The Astonishing Hypothesis (écrit par Francis Crick, l’un des co-découvreurs de l’ADN). Une moitié des participants lisait un passage à propos de l’importance d’étudier le phénomène de conscience, sans rapport avec les notions de libre-arbitre ou de déterminisme ; l’autre moitié, au contraire, devait lire un passage beaucoup plus orienté vers l’idée selon laquelle l’univers et les actions humaines sont déterminés. Ce passage expliquait :

"Vous, vos joies et vos peines, vos souvenirs et vos ambitions, votre sens de l’identité personnel et de libre-arbitre, ne sont rien de plus que le comportement d’une vaste assemblée de cellules nerveuses et de leurs molécules associées. Ce que vous êtes, QUI vous êtes, n’est rien d’autre qu’un groupe de neurones."

Le passage lu insistait par la suite sur les bases neurales de nos décisions et de nos convictions :

"Bien que nous ayons l’impression d’être libre de nos choix, ceux-ci sont dors et déjà prédéterminés et nous ne pouvons changer cela."

Pourquoi ne pas tricher si l'on est déterminé? 

Après avoir lu ces passages, tous les participants devaient remplir un sondage à propos de leurs croyances en l’existence du libre-arbitre. Enfin débutait l’expérimentation proprement dite. On demandait au participant de résoudre mentalement 20 problèmes mathématiques présentés un par un sur un écran d’ordinateur.

L’écran présentait un chiffre et une opération à la suite (l’écran affichait 2 puis puis 18 puis x puis 7, etc, etc…). Quelques secondes après que le signe = apparaisse, la réponse au problème apparaissait également. Si le participant avait trouvé la réponse avant son apparition, il pouvait passer à la question suivante sans voir la réponse, en pressant la touche espace. Le but était, bien évidemment, d’effectuer le calcul mental et d’appuyer sur la barre espace avant d’avoir vu la réponse…

Et pour cela, on donnait volontairement à l’utilisateur, l’occasion de tricher : l’expérimentateur ne le surveillait pas et ne connaîtrait pas le nombre de pressions effectuées sur la barre espace… Autrement dit, le participant pouvait donner la bonne réponse après l’avoir lu plutôt que calculé, sans que l’expérimentateur ne s’en aperçoive. On demandait juste aux participants de faire le test avec honnêteté…

Les résultats étaient clairs : parmi les participants, ceux qui avaient lu le passage remettant en cause le libre-arbitre et prônant le déterminisme… trichaient tout simplement plus souvent que leur comparses. Mieux encore, la proportion dans laquelle trichaient les participants était fortement corrélée avec la force de leur rejet du libre-arbitre, au questionnaire passé avant l’expérience.

Libre et juste? 

Cette exprimentation et ses résultats, mènent à une conclusion logique. La croyance dans le libre-arbitre semble former un contrôle de la morale et des actions de l’homme : croire en la liberté de nos actions, c’est aussi croire en la responsabilité que l’on porte en celles-ci, la culpabilité de nos actes mesquins et la fierté de nos actes vertueux. Cette hypothèse est soutenue par de nombreux philosophes qui postulent le lien entre le sentiment de libre-arbitre et celui de responsabilité, en regard de la loi autant que des instances supérieures, comme par exemple, Dieu.

C’est d’ailleurs dans cette optique que Vohs et Schooler ont élaboré leur hypothèse de recherche, postulant que la croyance en un univers déterministe augmenterait les comportements de triche. Comme le faisait remarquer Sartres, on est tout à fait prêt à croire en un univers déterministe si l’on a besoin d’une excuse… Il n’est alors pas surprenant que des participants aient moins de difficultés à tricher s’ils pensent que leur comportement n’est pas sous leur libre contrôle… et qu’ils n’essaient pas de suivre une ligne de conduite morale s’ils pensent qu’ils ne sont que peu responsables de leurs actes.

Cette conclusion n’est pourtant pas si évidente… En fait, elle est plutôt contredite par d'autres observations : une étude conduite par le philosophe Hagop Sarkissian à propos du lien entre déterminisme et responsabilité morale, a démontré qu’une majorité d’entre nous (70% environ) croient en le libre-arbitre, et croient que dans un univers déterministe, l’individu n’est pas responsable moralement, de ses actes. Si ces conclusions ne sont pas surprenantes, elles le deviennent à condition que l’on s’intéresse au groupe de 30% qui rejette le libre-arbitre : pour ce groupe, l’univers déterministe n’aboutit absolument pas à dédouaner les gens de leur responsabilité morale. Il s’agit non pas d’un défaut logique, mais seulement du rejet de ce que l’on suppose être une évidence : le fameux lien entre la responsabilité et le déterminisme, qui n’est peut être pas si légitime qu’il n’y parait…


Source : K.D. Vohs, J.W. Schooler (2008). The value of believing in free will. Encouraging a belief in determinism increases cheating. Psychol Sci. 2008 Jan (Psychologues & &tudiants : Télécharger le pdf)

 

   

Mots-clés : déterminisme, libre-arbitre, responsabilité, justice, morale, philosophie, expérimentation



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