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I, Robot, science et fiction Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : Divers, Catégorie : CinePsy

Proposé par Stephane Desbrosses, le 29-11-2009



Des robots qui nous ressemblent de plus en plus?Dans la sphère des films de science fiction, on s'inspire souvent d'une découverte scientifique que l'on extrapole et transforme au gré des scénari. Néanmoins, ce type de film se veut souvent une extension des sciences contemporaines. I, Robot ne déroge pas à cette règle, abordant sur un ton futuriste des préoccupations actuelles de l'intelligence artificielle telle que l'émergence, l'anthropomorphisation des robots, la difficulté à saisir et reproduire sur des machines les éléments qui font de nous des humains, les nécessaires différences entre la pensée humaine et la logique robotique.

Synopsis

Chicago, 2035, la société s'est modelée au gré des contacts et des interactions avec les robots, dont les principaux représentants, humanoïdes, parcourent les rues, intègrent les maisons afin d'aider à chaque instant leurs maîtres humains. Après un grave accident, l'inspecteur Del Spooner reprend ses fonctions sur un cas particulièrement difficile, le suicide supposé du père de la robotique moderne. Allant à l'encontre de l'ambiance de confiance en la robotique, Del suspecte très tôt un robot insolite qui semble ressentir des émotions.
 
Dans cet environnement futuriste, le comportement des robots est régis par trois lois censées assurer la sécurité de tout être humain. Les robots ne sont considérés que comme des objets mécaniques, pas plus capables de crime qu'un grille pain. L'inspecteur Spooner semble pourtant les mépriser et ne leur accorde aucune confiance. La mort du docteur Lanning va exacerber sa paranoïa quand le suspect principal se révèle être un robot, particulier en plusieurs points : il possède un nom, il rêve, il éprouve des émotions... En bref, il représente une nouvelle génération de robots plus proches de l'humain, capable d'amour et de sacrifice, mais également susceptible de colère et de meurtre. Aidé de la robopsychologue Susan Calvin, Del va tenter d'arrêter le meurtrier de Lanning et de comprendre les raisons du chercheur, de créer ce robot unique en son genre.

Asimov et la robotique

Ce film s'inspire assez librement des nouvelles du romancier et polymate Isaac Asimov, l'une des grandes figures de la science fiction mais également très connu des chercheurs en intelligence artificielle. Amateur de science dans les domaines aussi variés que la biologie, l'histoire des sciences, la physique, l'informatique... Asimov était un contemporain d'Einstein, de Von Neuman, de Wiener ou de Turing, avec qui, par ailleurs, il correspondait. Il est l'inventeur du terme robotique et des trois lois de la robotique* qui lui ont servi de guide sur de nombreux ouvrages et nouvelles. On retrouve notamment, dans le film, plusieurs problématiques abordées dans ses romans mais également par les plus grands esprits de l'époque, problématiques issues des mathématiques, de l'informatique, de la biologie... et des disciplines dont ils sont la source principale : Intelligence et vie artificielles, cybernétique... Bien que les puristes d'Asimov critiquent sévèrement le film (par exemple, dans les romans d'Asimov, les robots sont généralement inoffensifs bien que très mal acceptés, alors qu'I Robot montre une société dans laquelle les robots sont très bien intégrés et se révèlent menaçants), celui-ci présente de nombreux hommages aux réflexions du romancier. On peut par exemple noter :

La problématique des trois lois

  • Loi 1 : un robot ne peut faire de mal à un être humain, ou, restant inactif, permettre que du mal soit fait à un être humain.
  • Loi 2 : un robot doit obéir aux ordres des êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi
  • Loi 3 : un robot doit préserver sa propre existence dans la mesure ou celle-ci ne rentre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
Ces trois lois permettent en théorie de se préserver de toute action contraire aux intérêts des humains, de la part des robots, mettant ainsi fin à ce qu'Asimov nomme le complexe de Frankenstein, le mythe du robot qui se retourne contre son créateur. Notons au passage que ces lois sont connues de la majorité des chercheurs en IA, et sont même sources de réflexions dans certains travaux de recherche de cette discipline. Asimov a rédigé de nombreuses nouvelles et romans explorant les contradictions de cet ensemble de loi à priori parfaites. Ainsi, l'un de ces romans explore la définition de l'être humain, en tant qu'il soit reconnaissable par les robots. On y voit des êtres mécaniques dont la définition de l'être humain s'applique à leurs créateurs mais non aux habitants d'autres planètes colonisées par des humains, jugés "inférieurs".

On peut voir également au fil des romans, se dégager une problématique récurrente sur les difficultés des robots à obéir aux lois selon leurs interprétations. Au fur et à mesure que leur cerveau "positronique" se développe et qu'ils accèdent à des niveaux supérieurs de conscience, avec des capacités d'anticipation, ils voient apparaître certaines contradictions : comment par exemple gérer une situation dans laquelle, pour pouvoir hypothétiquement sauver deux être humains, il faut faire mal à un troisième... Ce type de dilemme a notamment été étudié en neuropsychologie : imaginez qu’il vous faille pousser quelqu’un sur une voie de chemin de fer pour sauver 4 personnes prisonnières de la voie un peu plus loin, que feriez-vous ? Tandis que l’homme ordinaire est en proie à l’hésitation et au doute face à telle décision, et reste généralement figé, certains patients dont le cerveau est endommagé n’éprouvent aucun remords à décider de la solution la plus « logique ».  Ces dilemmes pour lesquels cœur et raison se heurtent ne nous sont pas étrangers, Asimov les aborde à partir de trois lois relativement simples, montrant à quel point, selon les circonstances, leur interprétation peut s’avérer complexe.

L'intrigue du film est d’ailleurs centrée sur cette problématique : l’ordinateur doit il pousser l’interprétation de la première loi au point de supprimer la liberté des hommes à commettre des erreurs susceptibles de leur coûter la vie ? Nous n’avons généralement aucun mal à priver de liberté un tiers au nom de sa propre sécurité, mais n’acceptons que rarement de nous voir infligé le même traitement. Et jusqu’où peut aller cette privation ? Dans I, Robot, la pensée robotique représente la logique indiscutablement supérieure que l’on admire et qui, cependant, nous effraie, mise en scène avec talent dans une course contradictoire vers la protection et l’agression de l’humain.

L’anthropomorphisme

Il est illustré plusieurs fois dans les paroles de l’humain Del, que Sonny relève par ailleurs à chaque fois :
L’inspecteur Spooner : N’importe quoi peut être normal pour quelqu’un dans ta situation…
Le Robot Sonny : Merci… Vous avez dit « Quelqu’un », et non pas « Quelque chose »

L’inspecteur Spooner
: Je te croyais mort ?
Le Robot Sonny : Techniquement, je n’ai jamais été vivant, mais je vous remercie de vous soucier de mon sort.
On retrouve également de nombreuses fois dans le film des comportements amenant à penser que l'humain s'adresse au robot comme s'il s'agissait d'une personne - ou d'une sous-personne. La distinction Homme-robot est aussi abordée du point de vue juridique. On remarque aussi que Del dénonce cette anthropomorphisation des robots, comme une manoeuvre de l'entreprise U.S Robotics pour faire accepter ces machines, cultivant par leur forme, le flou quant à la nature humaine et robotique.

L’émergence

Alfred Lanning, père de la robotique dans les romans d’Asimov et dans I, Robot, fait plusieurs allusions au cours du film, à des thèmes important de la vie artificielle, de l’intelligence artificielle ou de la recherche en robotique. L’un de ces thèmes majeurs, l’émergence, est illustré par ses propos sur le comportement non programmé des robots (« Comment se fait-il que des robots que l’on place dans le noir se rapprochent entre eux, au lieu de rester seuls ? » « Que se passe-t-il dans le cerveau d’un robot qui a cessé d’être utile ? »). Il évoque à ce titre la présence de l’aléatoire dans la composition de codes imprévus donnant aux programmes informatiques des fonctions nouvelles. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il se pourrait que cela se rapproche davantage de la science que de la fiction.
 
Dans les années 1970, John Conway construisit un programme informatique qu’il nomma Jeu de la vie, grâce auquel purent être mise en évidence des propriétés émergentes, à partir de règles simples. Des structures complexes émergeaient de l’activité d’éléments simples, illustrant ainsi la capacité d’un système multi-agents (formés de plusieurs éléments semblables) à former des structures d’organisation supérieure à celles qui étaient programmées. D'autres exemples d'émergence de comportement chez de simples programmes commandant des robots ont pu mettre en évidence la complexité comportementale développée par l'interaction de ses programmes (des groupes de robots seulement programmés pour un objectif, qui se mettaient à fonctionner en groupe et à présenter des comportements communs non programmés...). On a également déjà vu certains virus informatiques programmés pour "évoluer" en modifiant leur code de façon aléatoire, régulièrement, afin d'être moins bien détectés... De manière générale, des processus évolutifs dans lesquels certaines sortes de "hasard" interviennent permettent d'envisager l'évolution du codage d'une entité informatique d'une façon similaire à celle des êtres vivants.

L’évaluation de l’intelligence et de l’humanité

Elle est particulièrement illustrée par le passage de l’interrogatoire, lors duquel Spooner s’étonne des réactions relativement « humaines » de Sonny :
L’inspecteur Spooner : Tu peux expliquer pourquoi tu te cachais sur les lieux du crime ?
Le Robot Sonny : J’étais effrayé.
L’inspecteur Spooner : Les robots n’éprouvent pas de frayeur, ils n’éprouvent rien. Ils n’ont jamais faim, ils ne dorment pas…
Le Robot Sonny : Moi, je dors ! Il m’est même arrivé… de rêver.
L’inspecteur Spooner : Les êtres humains rêvent en dormant. Même les chiens peuvent rêver mais pas vous, vous n’êtes que des machines, une imitation de ce qui est vivant... Est qu’un robot peut écrire une symphonie ? Est-ce qu’un robot sait transformer un bout de toile en magnifique tableau de maître ?
Le Robot Sonny : Et vous, Inspecteur ?
Cette réponse percutante est une attaque directe envers les séries d’arguments avec lesquelles nombre d’entre nous tentent de définir l’essence de l’humanité. Elle est également un rappel à l’ordre : tenter une description de cette essence ne se fait pas forcément en alignant les possibilités de quelques humains, mais peut également s’envisager selon une approche exclusive : renie-t-on le caractère humain à un sourd ? à un paraplégique ? Non, ce qui signifie que les sensations ou la motricité ne sont pas des conditions nécessaires à la condition d’humain. Il en va de même pour d’autres capacités dont l’homme peut être privé sans pour autant perdre son humanité. On a plutôt tendance à renier cette condition humaine lorsqu’on évoque des tueurs en série ou des criminels de guerre. Quoi qu’il en soit, cette approche ne s’embarrasse pas de réflexions telles que celles de Del Spooner : écrire une symphonie n’est pas un argument pertinent, ce n’est pas à la portée de tout humain et ce n’est certes pas un composant nécessaire du caractère humain.
 

Là encore, Alfred Lanning pointe parfaitement du doigt l’une des grandes difficultés des sciences contemporaines, la définition de l’intelligence, de la pensée, de la vie.
A quel moment un processus de perception devient-il « conscience » ?
A quel moment un système comparatif devient-il « recherche de vérité » ?
A quel moment une simulation de personnalité devient-t-elle le germe, douloureux, d’une âme ?
I Robot, l'afficheUn film intéressant, tant au niveau de sa réalisation que de son intrigue, et de ses rapports avec l’œuvre de l’écrivain. Bien qu’inspiré de l’univers d’Asimov (le robot qui rêvait, les Robots et l’empire) et reprenant certains de ses personnages (Susan Calvin, Alfred Lanning), il s’en démarque notablement et ne peut être considéré comme un reflet fidèle, mais reste néanmoins une œuvre cinématographique réalisée avec talent. I, Robot est d'autant plus intéressant qu'il aborde des problématiques actuelles et des réflexions contemporaines plus proches de la science que de la fiction.
De Alex Proyas
Scénario : Jeff Vintar et Akiva Goldsman
Avec Will Smith, Bridget Moynahan, Alan Tudyk, Chi McBride...
Genre : Science fiction
Durée : 120 minutes
 
I, Robot, inspiré des oeuvres d'Isaac Asimov
   

Mots-clés : science-fiction, cinépsy, intelligence artificielle, robot, Asimov, film



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