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Sherif (1966, 1971) : Evolution des stéréotypes Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 21-12-2007



Les stéréotypes peuvent évoluer, changer... si on les aide!Le stéréotype peut être l'origine d'un sentiment d'appartenance groupale ayant pour conséquence l'émergence de plusieurs effets connus, dont la discrimination, rejet des individus extérieurs, s'exprimant sous plusieurs formes. De même, les effets se constatent à l'intérieur du groupe : on considère qu'un membre de notre groupe nous ressemble plus qu'un individu extérieur, indépendamment du critère sur lequel a été fondé le groupe. Ces effets délétères pour certains, pratiques pour d'autres, peuvent évoluer dans le temps et selon les circonstances...
... ce qui est rassurant : pour lutter contre des phénomènes comme la discrimination, on peut jouer sur ce sentiment d'appartenance et amener des groupes différents voire opposés à réviser leur jugement, en les amenant à travailler à une même tâche, ensemble, par exemple. Cette solution fut proposée par Sherif, lors d'une étude réalisée en 1966 sur des enfants.

Un été pour la science

Sherif profitait de l'été pour s'aventurer dans un camp de vacances, afin d'y réaliser une expérimentation audacieuse avec la complicité des moniteurs : dans un premier temps, il s'agissait de former artificiellement des groupes sur lesquels agir par la suite. Les enfants de la colonie de vacance furent séparés en deux groupes, les jaunes et les verts. Cette simple séparation suffit à créer un sentiment d'appartenance groupale, avec tous les effets associés : bienveillance envers les membres du groupe d'appartenance, et inversement pour le groupe de l'autre couleur...

L'expérimentation se déroulait en quatre phases. A l'issue de chacune était présentée une échelle comportant de nombreux adjectifs, parmi lesquels les enfants devaient choisir ceux qui, selon eux, désignaient le mieux les membres de son propre groupe, mais également et surtout ceux de l'autre groupe.

Ces vacances ne sont pas de tout repos...

Dans une 1ère phase, les enfants réalisaient des activités communes, mais non collaboratives ( c'est à dire, sans que les uns dépendent des autres ). Sherif effectuait une première mesure des stéréotypes vis-à-vis de l’exogroupe (groupe de l'autre couleur) et de l’endogroupe, en demandant aux enfants d’évaluer les autres enfants, via une échelle de traits de caractère ( 3 sortes d’adjectifs, positifs, négatifs et neutres ). Tandis que les enfants notaient favorablement les membres de leur propre groupe, ils ne semblaient pas dénigrer ceux de l'autre groupe, mais ne leur accordaient pas non plus d'adjectifs positifs.

Dans la 2ème phase, Sherif organisait des activités compétitives ( les enfants jouaient à un Tug-of-war, l'équivalent du tir à la corde ) pour lesquels chaque groupe luttait contre l'autre pour un même objectif. On voyait ici apparaitre le cas classique de biais envers le groupe d'appartenance et envers le groupe extérieur : les enfants décrivaient très favorablement les membres de leur propre groupe, et utilisaient de nombreux adjectifs à connotation négative pour décrire les enfants de l'autre groupe. L'introduction d'une situation compétitive enflammait le conflit latent entre deux groupes qui se considéraient différents.

L'apparition de ces stéréotypes allait-elle se limiter à ses activités compétitives?

Durant la 3ème phase, Sherif amenait les enfants à effectuer, de nouveau, des activités communes non collaboratives (sortie au cinéma,...). Suivait une troisième mesure n'indiquant aucun changement par rapport à la deuxième phase : l'effet d'appartenance et des stéréotypes était toujours aussi marqué. Ainsi, les enfants décrivaient favorablement leurs collègues du même groupe, et dénigraient ceux de l'autre groupe, signant ainsi l'ancrage, la cristallisation des stéréotypes apparus et confirmés lors de la deuxième phase.

Peux-t-on stopper les effets des stéréotypes?

La 4ème phase comportait des activités communes et hautement collaboratives, à l’issue desquelles on refaisait une mesure. Il s'agissait dans cette phase de faire passer aux enfants une épreuve dans laquelle les deux groupes auraient besoin l'un de l'autre... Les moniteurs, lors d'une sortie, ont simulé une panne du bus qui les transportait. Les enfant durent alors prendre une corde ( celle-là même dont ils s'étaient servis pour le Tug-of war ) pour tirer le bus afin de le faire "démarrer".

En résumé, lors de la première phase, on commence déjà à voir apparaître un sentiment d'appartenance groupale, avec un début de tous les effets induits par cette situation. Après le tournoi, le stéréotype est ancré et se traduit par un rejet de l'exogroupe ( lors de ses vacances, de véritables batailles rangées ont eu lieu dans les moments de tension maximales entre les deux groupes ). Une fois les stéréotypes intégrés, des activités communes mais non collaboratives ne changent en rien l'état d'esprit. Il faut pour cela attendre la 4ème phase, dans laquelle l'auteur a créé des situations d’interdépendance : seul ce sentiment d’interdépendance fait disparaître les stéréotypes négatifs : c'est lorsque l'on a besoin des groupes extérieurs que l'on va bien devoir admettre les qualités de ceux-ci, probablement pour rester cohérents avec nous-mêmes...

De fait, ni le recours aux valeurs (dire aux enfants qu'ils sont tous semblables, qu'il faut être tolérant, etc...) ni la mise en situation non-conflictuelle de la 3ème phase ne changent les stéréotypes une fois ceux-ci ancrés. C'est à partir de situations d'interdépendance amenant les différents groupes à oeuvrer pour des interêts et buts communs, que les effets négatifs des stéréotypes s'estompent. En conclusion, il semble plus efficace, au vu de cette expérimentation, d'amener les gens à agir ensemble dans une direction commune, plutôt que de jouer le rôle de médiateur entre deux groupes en conflit - ou d'espérer que cela se résorbera de soi-même...

En savoir plus? Formation et principaux effets des stéréotypes
Merci à Mme Edith Salès Wuillemin, Professeur de Psychologie Sociale, Dijon
   

Mots-clés : sociale, stéréotypes, préjugés



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