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Rosenthal et Jacobson (1968): L'effet Pygmalion : je pense, donc tu es Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 21-12-2007



To be or not to be... Tout dépend de ce que les autres en pensent!Méfions nous de nos stéréotypes, de nos croyances : leur simple présence est un risque de distorsion de nos perceptions, de telle sorte que ce qu'autrui va voir en nous, va nous conditionner à le devenir... Un effet désormais bien connu, aussi intuitivement que dans le cadre théorique, depuis cette expérience de Rosenthal et Jacobson.

1. Il s'agit de passer inaperçu

Dans leur expérimentation, ils essayaient de démontrer que des sujets ayant une attente vis-à-vis du comportement, de la façon d'être d'autres sujets, entraîneraient chez ces derniers les comportements attendus. Les auteurs ne pouvaient cependant observer que des aspects jugés à l’avance positifs, car les effets négatifs se montrent moins dans les expériences pour cause de consensus social, de "gène"... Ainsi, le racisme étant dans nos cultures plutôt jugé négativement, et donc socialement indésirable, des sujets montreront moins leurs attitudes racistes, en les cachant comme ils le peuvent. Pour une situation expérimentale, il y'a évidemment là un biais difficile à contourner (ce serait cependant possible grâce à l'analyse de discours, par exemple). il était donc nécessaire d'envisager l'expérience et la valeur de ce qu'on allait mesurer, sous l'angle du politiquement correct, plutôt que de risquer de fausser l'expérience en observant une variable biaisée.

Pour de nombreuses expériences de psychologie, une affabulation sur le but de l’étude est souvent nécessaire pour que les sujets répondent naturellement. Ce prétexte choisi par les auteurs était simple : ils faisaient passer un test aux élèves d'une classe, prétextant que les résultats de celui-ci révèleraient les enfants dont le potentiel d'apprentissage est important. Le vrai but était tout autre, l'étude s’effectuant sur les enseignants et non sur les élèves, tout au long de l'année.

2. Il fallait s'y attendre...

En début d’année, les auteurs annoncèrent la liste des élèves retenus comme étant précoces, aux professeurs, à la suite d'un pré-test de performance banal assigné à tous les enfants (ces élèves étaient en fait pris au hasard, certains bons, d’autres moyens ou mauvais). Ce faisant, Rosenthal et Jacobson créaient chez les professeurs une « attente » concernant les futurs progrès des élèves : soit une « attente positive », soit, « pas d’attente ». Les auteurs partaient de l'hypothèse suivante : en indiquant au professeur qu'un élève est précoce et peut réaliser d'énormes progrès durant l'année (que ce soit vrai ou non), on va développer chez ce professeur un état mental positif (de l'espoir ?) visant cet élève : une certaine forme de préjugé basée sur une connaissance censée être valide (le résultat au test : les résultats, et le test, étaient valides, mais de faux résultats étaient donnés aux professeurs!)

Au début du 3ème trimestre, les auteurs faisaient passer de nouveau le test de performance aux enfants (post-test) puis mesuraient la différence de performance entre pré et post-test. Ce faisant, les auteurs se donnaient les moyens d'étudier les effets de l’attente positive du professeur sur un élève, quel que soit son niveau réel... ils constatèrent d'ailleurs :

  • Que tous les élèves présentés comme précoces avaient progressé significativement, qu'ils aient eu un mauvais résultat, ou un bon, au premier test!
  • Des relations préférentielles entre ces élèves et les enseignants
  • Des systèmes de communication dans lesquels ces enfants désignés ont eu un rôle plus important que les élèves non désignés comme précoces (ces systèmes par exemple, garder la classe, gérer les activités, etc... se mettaient en place le long de l'année, comme dans toute classe)
  • Une homogénéisation des résultats de ces élèves : lorsque les élèves censés être précoces faisaient des erreurs, celles-ci étaient minorées par les enseignants!

Les dieux sont-ils joueurs?

L'amour de Pygmalion

Selon Rosenthal et Jacobson, l’explication est simple : les attentes portées sur les élèves constituent des stéréotypes, des préjugés, quant aux possibilités mentales ou aux caractéristiques des élèves (peu observables à l'oeil nu) et les enseignants s’y raccrochent, comme on se raccrochent finalement à n'importe quel stéréotype. Quoi qu'on en dise, les professeurs sont aussi hommes comme d'autres : tandis qu'ils délaissent modérémment les élèves qu'ils jugent peu performants, ils s'occupent un peu mieux des élèves jugés plus performants, ce qui en retour, les rend effectivement plus performants...

à part : Cette situation ne s'applique pas qu'aux professeurs. De nombreux comportements totalement niés par leurs auteurs ont pu être mis en évidence : par exemple, une étude montrait que dans un supermarché, les mères ayant à charge au moins deux enfants surveillaient plus étroitement celui des deux qui était plus beau que leur frère ou soeur au physique un peu moins attirant (référence à venir, je ne les aies pas sur moi :/)

Dans une certaine mesure, le résultat peut s'exprimer ainsi : en pensant que quelqu'un possède une caractéristique, nous changeons notre propre attitude vis-à-vis de cette personne, et l'influençons de telle sorte qu'il va effectivement acquérir cette caractériqtique ou l'exprimer de plus flagrante façon. Ainsi en était-t-il de la statue créée par Pygmalion, une statue si belle son créateur en tomba amoureux, et voulait tellement la voir transformée en femme réelle, que cette statue le devint par la grâce d'Aphrodite.

Des profs, ok... mais qu'est-ce que ça peut bien nous faire?

Nous pourrions en faire très vite plusieurs parallèles... Par exemple, telle communauté pourrait avoir la réputation de voler son prochain, ou d'être agressif envers autrui. Cette seule réputation suffit par feedback-pygmalion à s'auto-entretenir. En face d'une personne jugée d'emblée agressive ou voleuse, nous avons bien évidemment tendance à nous méfier et surveiller, à interprêter chaque geste à travers le filtre de nos croyances. A cet égard, l'expérience de Duncan le rèvèle bien... Posons-nous dès lors la question. Et si on nous surveille, nous, comment réagissons-nous? Comment nous comportons-nous lorsque l'on perçoit chez un interlocuteur une attitude méfiante et soupçonneuse? bien entendu, nous n'irions surement pas jusqu'à voler, pour la plupart d'entre nous, juste pour ce qui s'apparenterait à un "délit de sale gueule". Mais les attitudes mesquines font parfois bien plus mal qu'un geste franc... et nous y répondons régulièrement nous même avec une certaine hostilité ou indifférence. Dans les deux cas, les rapports sociaux en pâtissent.

En aparté : ce genre de boucle comportementale "autoréalisante" : (par exemple, préjuger de l'agressivité de quelqu'un -> réagir donc avec méfiance voire hostilité -> ce qui entraîne en retour une certaine hostilité de l'interlocuteur -> ce qui "prouve" que l'on avait raison de croire que l'interlocuteur fut agressif) n'est pas rare, et ne se différencie pas d'autres boucles comportementales que l'on a pourtant facilité à repérer ou deviner. Un des exemples extrèmes de cette forme de boucle est celui de la paranoïa. Ceux qui auront eu affaire à cette pathologie, de l'extérieur, y reconnaitront certainement la boucle classique : le paranoïaque se méfie de tout le monde, est soupçonneux envers tout le monde, particulièrement son conjoint -> bien qu'au début, celui-ci fasse généralement des efforts, il est quasi-impossible sur le long terme de tenir une position proche et bienveillante : le conjoint finit par ne plus prévenir et expliquer tout ce qu'il fait, commence lui-même à cacher, avec raison, de potentielles sources de disputes --> très régulièrement, cela fini par se savoir et la situation éclate. Le paranoïaque manque d'introspection et ne saisit pas forcément sa responsabilité, peut etre est-ce plus facile de penser "j'avais finalement raison de me méfier, j'ai toujours eu raison..."

   

Mots-clés : boucle comportementale, Pygmalion, rétroaction



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