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Moriarty : Témoins muets et victimes complaisantes Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 21-12-2007



La pseudo-sagesse des 3 singes : rien entendu, rien vu, pas parlerLa peur d'être pris à partie pousse, semble-t-il, de plus en plus de gens à éviter de s'impliquer dans les incidents dont ils sont les témoins.
Nous sommes en 1964. Il est 3 heures du matin. Kitty Genovese, une jeune new-yorkaise, rentre chez elle après une nuit de travail lorsqu'elle se fait brutalement attaquer devant sa résidence par un homme armé d'un couteau. Sauvagement poignardée, elle se débat en hurlant, parvient à s'enfuir, mais est rattrapée. Elle crie, appelle au secours et continue ainsi à lutter pendant près d'une demi-heure, avant de succomber sous les assauts de son agresseur. Des douzaines de témoins étaient à leur fenêtre (ils étaient 38 exactement selon les conclusions premières), mais pas un ne vint en aide ou ne pensa à téléphoner à la police...*

En 1985, dans une petite impasse toute proche d'un grand boulevard parisien, une jeune femme se fait agresser et violer par trois hommes, en plein jour, sous le regard des dizaines de passants qui poursuivent leur chemin sans un mot...

De tels actes se produisent régulièrement dans les rues ou dans le métro des grandes métropoles sans que jamais, ou presque, les témoins ne tentent d'intervenir. On peut se demander si nos cités modernes ne deviennent pas des camps retranchés où chacun vit pour lui-même et où personne n'est plus le gardien de son frère.

Mais si nous sommes si peu portés à protéger le droit des autres, le sommes-nous plus à l'égard de nos propres droits? Chaque jour, nous subissons de petits affronts, des offenses à nos droits d'êtres humains, sans que, la plupart du temps, nous ne réagissions. Même s'il n'existe aucun danger pour notre sécurité, nous préférons souvent adopter une attitude passive en nous disant qu'au fond, tout cela n'est pas si grave.

Moriarty (1975) a voulu savoir dans quelle proportion se retrouve cette absence de récrimination à propos de la violation des droits fondamentaux de la personne. Il s'est donc livré à diverses expériences dans son laboratoire de l'université de New York ainsi que dans divers lieux publics.

La première des expériences consistait à demander à deux sujets placés dans une même salle de se prêter à un test qu'il était impossible de compléter dans les 20 minutes allouées. Un des deux étudiants était un compère ayant pour consigne de monter au maximum le volume de son magnétophone portatif diffusant de la musique rock, et de ne le baisser qu'après la troisième demande formulée éventuellement par le sujet naïf. or, sur les 20 sujets, un seul exigea que le complice arrête la diffusion sur-le-champ, de façon tellement péremptoire que l'autre obtempéra immédiatement. Trois autres qui réclamèrent une première fois ne revinrent plus à la charge après s'être fait répondre par le « pollueur » qu'il arrêterait après que le morceau serait terminé, une promesse qui ne fut d'ailleurs jamais tenue. Quant aux 80 % restants, aucun d'eux ne souffla mot; même si certains montrèrent quelques signes d'impatience, ils continuèrent à accepter d'être dérangés sans pouvoir se concentrer sur leur tâche.

Quand on leur demanda pourquoi, selon eux, les résultats du test étaient si faibles, peu firent référence à la présence de la musique et, s'ils le faisaient, ils disaient ne pas être sûrs que celle-ci ait eu une influence sur les performances. Ce n'est qu'après qu'on ait insisté pour connaître leurs sentiments réels que les étudiants reconnurent avoir été incommodés, et même avoir ressenti de la colère contre le pollueur sonore. Mais, bien qu'ils aient voulu intervenir, ils n'avaient finalement pas osé de faire en se disant que l'épreuve n'était pas suffisamment importante pour entreprendre une telle démarche. Des recherches ultérieures montrèrent pourtant par la suite que même pour des épreuves plus importantes, le nombre de victimes consentantes ne diminuait pas.

Moriarty et son équipe mirent au point d'autres expériences au cours desquelles des complices parlaient à haute voix dans la bibliothèque du collège ou dans une salle de cinéma, dérangeant ainsi manifestement la quiétude des voisins immédiats. Pourtant pas beaucoup plus du quart d'entre eux ne réagirent, ne fût-ce qu'en changeant de place. Les autres attendirent...

Une autre recherche visa alors à confronter directement la victime au gêneur. Celui-ci profitait du moment où un individu allait sortir d'une cabine téléphonique pour lui demander s'il n'avait pas vu la bague qu'il croyait avoir oublié sur la boîte du téléphone. Suite à la réponse du sujet, négative bien entendu, le complice de l'expérimentateur insistait: « Vous êtes sûr ? Parfois les gens prennent des choses sans y penser... Pourriez-vous vider vos poches, s’il vous plait? ». Un des sujets ainsi agressés se fâcha, trois autres refusèrent poliment, les 80 % restants vidèrent leurs poches...

Selon Moriarty, une telle passivité est le signe d'un problème social sérieux. Elle indique que face au stress de la vie moderne et au sentiment de solitude et d'anonymat qu'elle engendre, les gens semblent avoir accepté l'idée que peu de choses valent vraiment la peine d'être défendues, surtout vis-à-vis des étrangers. Et Moriarty de conclure : « Les lois qui ne sont pas appliquées cessent d'être des lois, et les droits qui ne sont pas défendus risquent de se flétrir rapidement ».

Sources : diverses dont "Psychologie Sciences humaines et psychologie cognitive"; DeBoeck Université"
 
* Dans un article récent, Rachel Manning et ses collègues infirment cette hypothèse : Une douzaine seulement de témoins auraient entendu la scène, l'un ayant sommé l'agresseur de laisserl a jeune femme.
 
Rachel Manning, Mark Levine et Alan Collins, « The Kitty Genovese murder and the social psychology of helping: The parable of the 38 witnesses », American Psychologist, vol. LXII, n° 6, septembre 2007.  voir J-F Dortier, Qu'est-il réellement arrivé à Kitty Genovese?
   

Mots-clés : conformisme, altruisme, agression, victimes, violence



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