Skip to content

Psychoweb

Ecran diminué  Ecran large  Augmenter la taille de la police  Diminuer la taille de la police  Taille par défaut 
Chemin :    Accueil arrow News arrow Derniers Articles arrow Psychologie Sociale arrow Tajfel et Wilkes (1963) : Catégorisation
Tajfel et Wilkes (1963) : Catégorisation Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 21-12-2007



Consciemment ou non, nous catégorisons la majorité de ce que nous connaissonsY'a-t-il un point commun entre classer de simples objets de collection et classer les gens selon des races? Un même processus en est l'origine, la catégorisation ou le besoin de ne pas mettre tous ces oeufs dans le même panier...
 
Catégoriser des objets est un moyen ultra pratique de gérer la réalité : si on connait A et que l'on sait comment y réagir, ou réagir face à lui, et que l'on prend connaissance de B, que l'on met dans le même groupe que A, alors, par association comparative, nous allons pouvoir réagir à B selon l'expérience que l'on a de A. Ce processus simple est celui qui nous permet de ne pas étudier au cas par cas, ce qui avouons-le, nous facilite grandement l'existence... tout en présentant des limites plutôt perverses pouvant aboutir à des catégorisations excessives, notamment, lorsque ce processus de catégorisation se reporte dans le domaine social et nous amène à classer des groupes de gens.

Ce phénomène fut mis en évidence par Tajfel et Wilkes en 1963. Psychologues sociaux tout deux, ils ont pourtant décidé de montrer l'existence de ce phénomène et de l'étudier au niveau élémentaire, celui de la perception physique directe d'objets. Tajfel et Wilkes décidèrent ainsi pour leur expérimentation de présenter 8 stimuli représentant des barres de taille variable mais en continuum ( 5% de différences entre eux) à leurs sujets. 8 barres verticales présentée une par une sur des feuilles séparées, auxquelles on associait ou non une lettre. Les sujets devaient pour chaque barre, en estimer la taille. Trois groupes de sujets et donc trois conditions différentes furent formés

1. Dans une condition d’appariement systématique, les 4 plus grandes barres étaient associées à la lettre A, les 4 plus courtes à la lettre B. ce faisant, on incitait les sujets à établir une catégorisation en deux groupes distincts : les grandes et les petites barres.

2. Conditions d’appariement aléatoire (A et B avec n’importe quelle barre). Cette fois, aucune catégorisation sur des critères reconnaissables, n'était disponible directement.

3. Appariement absent (groupe contrôle)
tajfel catégorisation stéréotypes
Les barres étaient présentées une par une aléatoirement. Les sujets devaient en estimer la taille.

La 1ère condition fit apparaître un biais de contraste, montrant une tendance des sujets à la maximisation des différences. Les sujets voient plus différents des stimuli qui ne le sont que peu : Ils estiment ainsi, par exemple que deux barres différentes objectivement de 5% mais ayant reçue une lettre différente, ont une taille beaucoup plus dissemblable qu'elle ne l'est en réalité. Appliqué à la gestion de la réalité sociale, cela montre que nous soyons enclins à considérer des groupes et les gens qui les composent, par exemple, comme beaucoup plus différents de ceux d'un autre groupe (noir et blanc, par exemple, ou musulmans et chrétiens...)

A l'inverse, on observe un biais d’assimilation inverse pour les groupes de barres. Il y a maximisation des égalités : les sujets voient plus égaux des stimuli appartenant pour eux à la même catégorie. Ainsi, tous les stimuli A sont jugés très peu dissemblables entre eux, de même pour les stimuli B. Ce qui est le cas socialement parlant lorsque l'on dit que les membres d'un groupe "sont bien tous les mêmes"...

Lorsque l'appariement est aléatoire, les résultats sont semblables à la condition sans appariement, les sujets ne peuvent pas établir de relations entre la lettre et la taille. Il n y a donc pas selon les auteurs, de formation du processus de catégorisation.

On voit donc apparaître dans la condition d'appariement systématique, une partition : Grands et Petits. Les sujets catégorisent les objets en inférant une relation entre la lettre et le stimuli : ce phénomène va être appliqué dans les relations de tous les jours aux relations entre groupes ; il n y a cependant pas forcément dans ce cas-là de corrélation objective telle que le lien ici présent entre les lettres et la taille, mais les effets restent très proches : les personnes d'un même groupe vont être vues comme très ressemblantes, parfois à tel point qu'on ne fera plus de distinction et que l'on confondra même les membres de ce groupe entre eux - on leur appliquera alors des propriétés d'ensemble, une propriété de l'un deviendra également un trait caractéristique de tous les autres... Et par effets de contraste, deux personnes se ressemblant objectivement mais faisant partie d'un groupe différent, nous sembleront plus dissemblables qu'ils ne le sont en réalité...

Dans une expérience reprennant ce principe, Mc Garty et Turner ont pu montrer en 1992 l'existence de ces deux biais au niveau de la perception sociale, plutôt que physique. Des extraits de discours d'opinions de droite ou de gauche entraînaient biais de contraste et d'assimilation selon qu'ils avaient été préalablement classés en deux tas distincts, ou non...

A noter cependant : dans l'expérience de Tajfel, on demandaient au sujets d'estimer la taille des barres verticales, en centimètre, unité de mesure peu familière des anglais qui passèrent l'expérience. Or, dans une expérience ultérieure, O. Corneille montre bien que le caractère familier de cette unité de mesure influence l'estimation (Corneille et al., On the role of familiarity with units of measurement in categorical accentuation: Tajfel and Wilkes (1963) revisited and replicated, Psychological Science, 4, 2002, 380-383.). Les effets semblent disparaitre lorsque l'unité de mesure, donc le critère d'estimation, est familier (le cm pour les belges, le pouce pour les anglais). Il semble dès lors qu'on soit mieux à même de juger lorsque l'on connait bien le domaine sur lequel on juge, et qu'à l'inverse, mieux vaut éviter les appréciations lorsque l'on ne maîtrise pas nos critères de jugement...

Source : Tajfel, H., & Wilkes, A. L. (1963). Classification and quantitative judgment. British Journal of Psychology. 54, 101-114.
   

Mots-clés : biais, biais d assimilation, biais de contraste, catégorisation, préjugés, stéréotypes, Tajfel



Ajouter votre commentaire

Attention, ce site n'est pas un site de psychothérapie en ligne! Avant de commenter, veuillez consulter ces conseils.
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent commenter un article.
Aucun commentaire posté
 
< Précédent   Suivant >