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Castel et Lacassagne (1993) : Le discours extrémiste Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 20-12-2007



Le discours est un puzzle dont de nombreuses pièces cachées révèlent des secrets...Le discours de tout un chacun possède une composante inconsciente très pratique pour évaluer les opinions...

Nous parlons généralement sans réellement réflechir à la mise en forme de notre langage. Nous voulons communiquer un contenu, pas une structure. La structure du langage est devenue une habitude au fil du temps, nous n'avons plus besoin d'y réfléchir lorsque nous voulons lui appliquer le contenu que nous voulons communiquer. Et l'astuce est là : la structure de notre langage trahit facilement nos penchants...

C'est ce qu'ont pu démontré Castel et Lacassagne (1993), lors d'une étude sur le racisme, mais sa portée atteint tout type de discours révélant des penchant extrémiste, sur n'importe quel propos, par exemple, l'adoption, le mariage homosexuel, nos parents, la politique intérieure, l'usage de préservatif ou que sais-je encore...

S'interrogeant spécifiquement sur le racisme, Castel et Lacassagne font l'hypothèse selon laquelle un sujet raciste (attitude extrème)développe un discours carré, où les choses vont de soi et ne peuvent être remises en cause (un discours de naturalisation). Au contraire, le sujet dit "non raciste" doit développer un discours caractérisé par une plus grande ouverture et une plus grande acceptation de plusieurs points de vue (le discours de relativisation).

Le Discours de naturalisation comprend une forte utilisation de verbes renvoyant au faire (les factifs), et une forte utilisation de modalisations de nécessité (il faut que, ...), ainsi que peu de prise en charge de la part de l'énonciateur (peu de Je mais beaucoup de mots tels que on, les gens, tout le monde). Le sujet utilisera inconsciemment ces mots afin de donner à son discours une valeur de vérité universelle, indubitable...

Le Discours de relativisation comprend quant à lui une forte utilisation de verbes ne renvoyant pas au faire (les non-factifs) et de modalisations de possibilité (il est possible que, ...). Il y a en outre une forte prise en charge de la part de l'énonciateur (beaucoup de Je et peu de On). "Je crois", "Je pense", "peut etre", etc... autant d'expressions qui montrent l'ouverture d'un homme sur un sujet dont il pense la conclusion non prédéfinie. Des Avis possibles et coexistant, plutôt qu'une vérité "absolue"

Pour vérifier cette hypothèses, des enquêteurs réalisent des entretiens non-directifs (30-45 mns pendat lesquelles on demande au sujets d'évoquer ces pensées, ses opinions) avec des sujets concernant le thème du mariage mixte en France. Certains participants sont notoirement racistes, d'autres ne le sont pas.

Et les indicateurs langagiers choisis pour l'expérimentations rendent bien compte d'un discours de naturalisation chez les sujets réputés racistes, et d'un discours de relativisation chez les sujets réputés non racistes.

Ainsi, les attitudes d'une personne sont liées à une certaine utilisation du langage. La structure langagière traduit de manière assez précise les attitudes et les croyances des sujets à propos d'un objet social donné. Indépendamment du contenu, donc, il est possible d'évaluer la position d'un sujet à l'égard de cet objet social. L'analyse de discours, se basant sur des indices auxquels on ne fait que rarement attention quand on parle, a pour cette raison le mérite d'être un reflet assez fidèle des réelles pensées, stéréotypes ou préjugés des sujets, de leur attitude, en somme, à l'égard de l'objet.

Ces types de discours peuvent être observés bien facilement au cours de débats télévisés ou d'interviews écrites dans tout journal. Il est à noter que ces chercheurs ont mis en évidence un autre aspect du discours (le pattern actanciel) en confrontant la "catégorie" " raciste" et la "catégorie" "anti-raciste" (différent de "non-raciste" !). Les résultats ne surprendront pas les amoureux des sciences sociales, car au final, racisme et anti-racisme semblent n'être que deux faces bien semblables de l'intolérance.

Source : P. Castel, M.-F. Lacassagne, L'émergence du discours raciste : une rupture des routines, in Revue internationale de la Psychologie Sociale (6), 1, p 720
   

Mots-clés : analyse de discours, expérimentation, langage, naturalisation, racisme, relativisation



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