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L'essor et le retour en Europe Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : psychologie sociale

Proposé par Stephane Desbrosses, le 20-12-2007



la vieille Europe se montre très active en psychologie socialeDans la deuxième moitié du 21ème siècle, la psychologie sociale s'est désormais imposée en discipline scientifique indépendante, forte d'une méthodologie expérimentale  efficace, et centrée autour de thèmes fédérateurs qui lui sont propres : Attitudes, Influence sociale, notion de Groupe. L'intérêt s'accroît pour la recherche et les paradigmes se multiplient. On assiste notamment à une résurgence de la psychologie sociale européenne avec des thématiques porteuses comme celles de l'influence minoritaire et des représentations sociales.

1. Multiplication des thèmes et diversité

La seconde guerre mondiale a encouragé la mise en application certaines théories développées en psychologie sociale. Pour instaurer de nouvelles habitudes et contrôler à des degrés divers les réactions ou les comportement des populations, les dirigeants de l’époque ont fait appel à la discipline. C’est par exemple en tentant de changer les habitudes alimentaires des américaines(1) que Kurt Lewin et ses étudiants mirent en place une série d’expérimentations destinées à déterminer les meilleures procédures pour provoquer le changement de comportement. La mise en place précédente d’une méthodologie expérimentale forte et la seconde guerre mondiale offrirent alors à la discipline de nombreuses opportunités et occasions de développement. Plusieurs thèmes de recherche comme la persuasion (Hovland, 1951) ou le changement d’attitudes via la dissonance cognitive (Festinger, 1954) bénéficièrent également par la suite de l’instauration de la Guerre Froide. On assistait dès lors à une augmentation nette des recherches et de l’intérêt porté à la psychologie sociale.

Parmi les thèmes ayant fait l’objet d’une attention particulière :

1935 : La construction des normes sociales par Muzafar Sherif. Lors d'une expérience utilisant l'effet autokinétique, Shérif montra la sensibilité de cet effet à la pression sociale(2). Shérif étudia par la suite (1961) la dynamique des stéréotypes et préjugés, qui se fondent sur la présence de valeurs et de normes communes.

1933, 1944 : Kurt Lewin. Outre ces travaux concernant l’expérimentation et la méthodologie en psychologie sociale, il étudie le groupe et sa dynamique, ainsi que le changement d’attitude. Il met par exemple en exergue le fait que le changement de comportement s’obtient plus aisément en s’attaquant aux résistances internes fondées sur les normes collectives plutôt que par la menace ou la récompense.

1951 : Carl Hovland et les mécanismes de la persuasion. Hovland se base sur la théorie de la communication de Shannon et Weaver pour décortiquer le processus de persuasion : la source du message, le message, le récepteur, l’audience.

1951 : Le conformisme par Solomon Asch. L’expérience célèbre de cet auteur(3) montre combien les normes du groupe façonnent le comportement et même les perceptions du sujet.
 
1954, 1957 : Leon Festinger et la dissonance cognitive : le système cognitif présente une cohérence dont toute perturbation entraîne une dissonance désagréable. Cette dissonance est une excellente base pour le changement d’attitude et de comportement. Festinger élabore également une théorie de la comparaison sociale selon laquelle l’individu évalue ses propres attitudes et comportements en se référant à autrui.

1958, 1972 : Fritz Heider, Harold Kelley : Théorie de l’équilibre cognitif et attribution causale : on explique le comportement d’autrui de telle sorte qu’il s’accorde avec des cognitions déjà acquises.

1961 : Albert Bandura, l’apprentissage social et l’agression. L’imitation des pairs conduit à l’apprentissage, les valeurs et normes se transmettent par l’observation du comportement d’autrui.

1965 : Robert Zajonc et les études sur la facilitation sociale. La présence d’autrui (effet d’audience) et la coaction augmente la performance individuelle.

1968 : Latané et Darley, le comportement d’aide et l’apathie. Spontanément, les comportements d’aide diminuent avec le nombre de personnes présentes, indiquant un certain sentiment de déresponsabilisation au fur et à mesure que le groupe s’agrandit.

1963-1974 : Stephen Milgram et la soumission à l’autorité : la valeur sociale d’un individu (crédibilité, autorité) sert de référentiel aux hommes, jusqu’à un point ou ceux-ci peuvent renier leurs propres capacités et responsabilité pour se fonder sur celles de la figure d’autorité.

Etc…

2. L’expérimentation sociale en Europe

En Europe et plus particulièrement en France, se développe une psychologie sociale imprégnée d’un certain regard sur la société. L’expérimentation en laboratoire n’est plus le seul outil d’analyse, il peut s’accompagner d’expérimentations sociales et d’observations (analyse de document ou enquêtes, sondages d’opinion…). L’expérimentation classique souffrait par ailleurs de quelques lacunes : la difficulté à s’insérer en milieu « naturel » ainsi que les affronts moraux de certaines expériences, par exemple, les expériences de Zimbardo ou Milgram.

Robert Pagès et Serge Moscovici réintroduisent donc la psychologie sociale expérimentale en France en s’attachant à développer un regard neuf sur le rôle de l’expérimentation et la place de la discipline et des thèmes abordés dans la société. Pagès s’intéresse notamment à l’insertion du dispositif social expérimental en situation sociale naturelle, soulignant l’importance de l’affabulation et du débriefing (donner une « fausse » explication pour amener le sujet à passer l’expérimentation sans se douter de son but, puis renseigner par la suite le sujet sur l’expérience à laquelle il vient de participer). L’affabulation est une nécessité technique pour réaliser l’expérimentation de manière écologique (sans dénaturer le milieu social naturel) mais il est tout aussi nécessaire du point de vue éthique d’informer les sujets de la teneur de cette expérimentation.

La psychologie sociale et l’expérimentation peuvent également s’insérer au sein d’une réflexion sur la société et les phénomènes culturels, elles ne sont pas limitées à l’analyse de phénomènes prenant naissance dans les groupes restreints. Moscovici est ainsi à l’origine de deux courants de recherches qu’il va mettre en lien avec un niveau social supérieur à celui des micro-groupes étudiés habituellement.

la Représentation sociale : il créé ce terme en 1961 lors de l’étude approfondie de « la façon dont les gens perçoivent la psychanalyse », et définit la représentation sociale comme le maillon intermédiaire entre la représentation individuelle et la représentation collective. Elle constitue un ciment partagé par de grands groupes sociaux, un savoir de sens commun qui permet de gérer la réalité sociale, en même temps qu’il accorde une certaine stabilité dans l’ensemble social (plus grand que le groupe mais moins que la société). La représentation sociale est à ce titre un facteur de cohésion et de maintien des sociétés.

l’Influence minoritaire : Si l’influence majoritaire a fait la démonstration de son existence lors de nombreuses expérimentations précédentes (conformisme, persuasion…), elle ne constitue avant tout qu’un facteur de stabilité au sein des sociétés et des groupes, et empêche son évolution. Pourtant, les groupes, tout autant que les sociétés, subissent des changements parfois radicaux. Selon Moscovici, l’influence minoritaire constitue le moteur de changement des ensembles sociaux. En étudier les mécanismes revient alors à étudier l’évolution des sociétés.

Avec le renouveau européen, d’autres auteurs vont initier des travaux sur des thèmes proches, comme la catégorisation sociale et l’identité sociale de Henry Tajfel : l’idée défendue est que l’individu cherche une place dans un groupe avec lequel il partage des valeurs. L’appartenance groupale nivelle, à ces yeux, les différences entre les membres de ce groupe, et exacerbe les différences intergroupes. L’individu se définit quant à lui par rapport aux valeurs véhiculées par son groupe d’appartenance. Là encore le regard sur la société et son fonctionnement prend une place importante dans la réflexion de l’auteur.

3. Cognitivisme et neurosciences sociales

Depuis une trentaine d’années déjà, la psychologie sociale s’inspire plus ouvertement d’autres sciences ou disciplines de la psychologie. Si la méthodologie devenue classique donne naissance à des courants encourageants (par exemple, théorie de l’engagement, Beauvois et Joule, 1980), de nombreuses recherches se tournent vers des méthodologies éprouvées en neurosciences ou en psychologie cognitive. L’une de ces évolutions les plus marquantes est l’intervention d’outils tels que l’IRM dans la mesure des comportements sociaux. Un champ vaste d’étend dans le domaine des corrélations entre faits sociaux, émotions, et activité cérébrale, et la méthodologie cognitive intervient de plus en plus en psychologie sociale pour exprimer et mesurer les données individuelles. En parallèle avec ce champ de recherches, l’essor de l’internet et des ordinateurs offre de nouveaux outils et champs d’investigation prometteurs (nouveaux réseaux sociaux, publicité, simulations sociales gérées par l’IA). La psychologie sociale atteint vraisemblablement un nouvel âge d’or pour lequel ses applications prennent une importance toute particulière, dans une société globalisante ou les contacts sociaux se diversifient et se multiplient sans cesse.


(1) Lewin K., (1943), Forces behind food habits and methods of change, Report of the committee on food habits. Washington, Bulletin Nat. Res. Counc. CVIII, 35-65
(2) Sherif, M. (1935). A study of some social factors in perception. Archives of Psychology, 27(187) .
(3) Asch, S. E. (1951). Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgment. In H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men. Pittsburgh, PA : Carnegie Press.
Moscovici S., (2003). Psychologie sociale, Paris PUF.

   

Mots-clés : Europe, introduction, méthodologie



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