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Nouvelle théorie sur le rêve Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : neuropsychologie

Proposé par Fabrice Pastor, le 15-04-2008



Le rêve selon J-P Tassin    Le rêve... Dans l'Antiquité, il est prophétique, le message mystérieux des Dieux, empreint d’espoirs mais aussi de menaces. Par la suite, on l’enfouit dans l’oubli, comme quelqu'un qu’on ne parvient pas à cerner, comme quelqu'un de trop énigmatique. Puis l’archéologue de l’esprit, Sigmund Freud, le révèle, expliquant qu’il est l’expression inconsciente de nos désirs les plus secrets.  Enfin, au milieu du siècle dernier, il n’est plus le propre de l’Homme. Michel Jouvet montre que les animaux à sang chaud semblent également rêver. Aujourd’hui, le rêve est le sujet de toutes sortes de controverses. Qu’en est-il de la Clé des Songes… ?

Le vecteur des rêves : le sommeil

Le sommeil se définit principalement par les 4 critères que sont l’activité motrice et musculaire réduite, la perte de conscience des stimuli extérieurs, la posture couchée avec les yeux fermés et la réversibilité relativement facile (le dormeur pouvant être réveillé).

Le Petit Prince, Rêve et EnvolLe sommeil peut être décomposé en cycles, c'est-à-dire en périodes qui se répètent d’une certaine manière tout au long de la nuit. Après une période de somnolence où le moindre bruit peut nous réveiller, les premiers stades du sommeil se caractérisent par un ralentissement de l'activité cérébrale ainsi qu'une désorganisation visible à l’électroencéphalogramme. Au bout d’environ 2 heures, le dormeur entre dans une phase de sommeil très particulière…

C’est en 1953 qu’Aserinsky et Kleitmann se rendent compte que les yeux des enfants pendant la sieste bougent. En concommitence avec ces mouvements rapides des yeux (ou phase REM – Rapid Eye Movement), il existe une activité cérébrale intense, très proche de l’activité d’une personne éveillée. Néanmoins, le corps du dormeur est totalement immobile, comme mort… et c’est ce paradoxe entre activité électrique cérébrale et immobilité corporelle qui a donné son nom au « sommeil paradoxal ».

Michel Jouvet, en 1959, fait l’hypothèse selon laquelle c’est durant cette période que les rêves pourraient apparaître. Comme les ondes cérébrales observées durant le sommeil paradoxal ressemblent à celles observées chez le sujet éveillé, il semblerait qu’il soit en train de « penser ». De plus, si l’on réveille le dormeur au moment de cette phase, celui-ci peut raconter un rêve. Jouvet confirme enfin sa théorie chez le chat, en détruisant les motoneurones de la moelle épinière sous l'influence d'un groupe de neurones, appelé Locus Coeruleus. Les animaux ne sont alors plus paralysés pendant leur sommeil et commencent à se lever, à marcher, à jouer, bref à vivre comme s’ils étaient éveillés.

Une évidence s’impose alors au professeur Jouvet : la phase de sommeil paradoxal est la période durant laquelle le dormeur est en train de rêver.

Aujourd’hui, cette hypothèse est le consensus largement répandu et enseigné… mais remis en question. Parmi les nouvelles interprétations, il en existe une tout à fait originale proposée par Jean-Pol Tassin, directeur de recherches à l’INSERM au Collège de France à Paris.

Rêver éveillé

De nouvelles expérimentations montrent que si l’on réveille un dormeur alors qu’il n’est pas en phase de sommeil paradoxal, il va aussi raconter un rêve. Rêverait-on donc toute la nuit ?

Cette idée parait dénuée de sens. Personne n’a jamais raconté avoir eu l’impression de rêver durant des heures, seules quelques dizaines de minutes. De plus, si vous êtes réveillé par un bruit dans la rue ou par une lumière, cet événement devient en général la chute de votre rêve… Mais alors, comment cet élément qui vous réveille est-il intégré dans votre rêve, si ce même rêve est censé durer toute la nuit ?

Le Paradoxe du rêve : lorsque l'on dort? ou lorsqu'on se réveille?Selon J.P. Tassin et ses collaborateurs, le rêve aurait lieu durant le temps infime qui suit l’événement qui a provoqué le réveil. Durant le sommeil, la conscience s’évanouit, les neurones sérotoninergiques et noradrénergiques cessent de fonctionner, l’information nerveuse ne peut être maintenue au-delà de quelques millisecondes dans le cerveau. Sans l’activation de ces neurones, la vision du paysage et les émotions associées à cette expérience sont tellement éphémères qu’elles ne peuvent être perçues de manière consciente, ce sont des images subliminales inclues dans le rêve. Seulement pour qu’il y ait rêve, il faut qu’il y ait conscience, et même si le cerveau est actif, il n’y a ni conscience ni rêve…

Le bruit dans la rue va provoquer le réveil, et les neurones nécessaires à la conscience se remettent alors brutalement en action, amenant la prise de conscience de ces images subliminales générées durant notre sommeil. Le rêve pourrait donc se produire en un éclair…

Mais alors comment expliquer l’impression que l’on a tous d’avoir rêvé durant la nuit ? Lors d'une nuit de sommeil classique, on peut se réveiller plus de dix fois. Ce sont des micro-réveils, le cerveau est en état d’éveil durant un très court instant, si court qu’il est rare de s’en rappeler au matin. Nous pourrions alors nous souvenir d’un rêve sans avoir le souvenir de nous être éveillé. Pour J. P. Tassin, le rêve apparaîtrait donc dans ces phases de micro-réveil, il serait finalement dépendant du sommeil puisqu’il faut qu’il y ait eu sommeil pour qu’il y ait réveil.

Alors à quoi servirait la phase paradoxale ? Durant cette phase, les ondes cérébrales issues du cerveau profond se propagent dans le cortex frontal, réactivant ce que nous avons appris dans la journée, et consolidant souvenirs et gestes. Tout ceci est inconscient, et le rêve serait au plus, la prise de conscience fugace de ces mécanismes. Le chat cérébrolésé par M. Jouvet ne faisait que reproduire les gestes appris dans la journée, peux-t-on réellement affirmer qu'il rêvait?

Et Freud dans tout ça ? Le cerveau est capable de produire des dizaines d’images en moins d’une seconde, et cette dizaine d’images traitée consciemment suffit à raconter une histoire paraissant durer quelques minutes. Mais qu’en est-il de la cohérence de cette histoire ? Le rêve entre en jeu, créant des scénarii irréel et illogiques, mais aussi « non censurés » comme l’a noté Freud. Ces récits viennent de l’expérience diurne du rêveur, suscitant des images inconscientes qui seraient remises bout à bout pendant les quelques micro-réveils de la nuit.
 


« Si vous voulez vraiment rêver, réveillez-vous… » Daniel Pennac, Au Bonheur des Ogres, 1985.
   

Mots-clés : Rêve, Sommeil, Sommeil paradoxal, Locus Coerelus, Phase REM, Michel Jouvet, Jean-Pol Tassin

9 commentaire(s)

Ecrit par: treizieme.lettre le 16-04-2008

Vraiment très intéressant cet article et très bien tourné je trouve. Le titre est bien choisi qui plus est. :)

 

Ecrit par: jcdardart le 19-04-2008

très bon article en effet

 

Ecrit par: Stéphane le 19-04-2008

Les théories abondent sur le sujet, certaines études IRM plongent au coeur du cerveau (sans mauvais jeu de mots) pour analyser l'activité cérébrale du dormeur durant les différentes phase de sommeil. Si l'on y réfléchit, c'est une manière adéquate d'estimer le type de rêve ou de sensation vécu : une forte activité des zones occipitales signent vraisemblablement un rêve imagé, tandis que l'activité des aires auditives signeraient un rêve "sonore". On peut se souvenir de paroles autant que d'images d'un rêve. C'est en ce sens que Michel Jouvet l'interprétait : la suractivation globale du cerveau en période de sommeil paradoxal signait l'apparition de sensations de même ordre que celles que l'on avait en période de veille (la journée). N'est-il pas arrivé à tout un chacun de se réveiller et de se dire qu'il avait du mal à différencier le rêve de la réalité? Ce rêve paraissait si vrai! En l'occurrence, serait-ce étonnant si l'on considère que les mêmes dynamiques/modifications cérébrales s'opèrent dans le SP et en période de veille : des sensations de même ordre, de même intensité... des perceptions et une interprétation par le cerveau, comme si des stimuli extérieurs les avait provoqués. En d'autres termes, si le rêve n'était en définitive qu'une recréations du même état cérébral que l'on a lorsqu'on est éveillé, comment ferions-nous la différence entre rêves et réalité, si ce n'est au réveil lorsque l'on se rend compte qu'un instant auparavant, nous étions endormi...

 

Ecrit par: Aurel le 24-08-2008

Cette théorie est intéressante mais ne semble pas expliquer le phénomène du rêve lucide, rêve dans lequel le sujet est conscient de rêver. Phénomène rare mais désormais attesté. Si les perceptions sont souvent altérées dans un rêve lucide, ce qui d'après certains aiderait le sujet à prendre conscience du caractère virtuel de l'univers dans lequel il évolue (ciel vert, nombre anormal de doigts sur la main, etc), les capacités cognitives sont peu réduites (le sujet peut par exemple compter et décrire son expérience) 
 
L'existence des rêves lucides semblent infirmer les travaux de M. Tassin. En effet supposer que les rêves durent peu de temps, implique que le grand nombre de décisions conscientes pouvant être prises dans les rêves lucides le soit dans ce court laps de temps. Comment est-ce possible ? A moins que le rêve lucide, relève d'un processus différent que le rêve "classique". La nature du rêve est encore loin d'être élucidée...

 

Ecrit par: Stephane le 24-08-2008

Raisonnement intéressant. Je n'ai pas les connaissances pour infirmer ou en rajouter, j'aurais tendance à exprimer la même conclusion (des processus différents pour ces deux sortes d'état). Je ne connais pas vraiment le phénomène de rêve lucide, voudriez-vous l'expliquer succinctement?

 

Ecrit par: Aurel le 24-08-2008

C'est une question bien épineuse. La définition du rêve lucide fait l'objet de débats parmi les spécialistes. Et je ne suis pas expert.  
 
Pour faire simple, cette expression regroupe toutes les expériences oniriques dans lequel le sujet a conscience qu'il rêve. On différencie deux grands types de rêves lucides : 
1. les cas où le sujet prend conscience de l'existence du rêve au cours du rêve, c'est à dire où il se dit soudainement 'mais ce n'est pas possible, je rêve !' suite à quoi le rêve se poursuit 
2. les cas où le sujet entre dans le rêve en sachant que c'est un rêve (endormissement conscient) 
 
Le rêve lucide peut être provoqué, quoique cela soit apprentissage complexe, particulièrement si l'on vise à atteindre un endormissement conscient. (certains moines bouddhistes y arriveraient). Wikipédia offre une assez bonne présentation de la problématique : http://fr.wikipedia.org/wiki/ R%C3%AAve_lucide. 
 
Pour ce qui est du contenu des rêves lucides, il est très variable. Ayant déjà vécu cette expérience, et pas mal lu à son sujet, je note une grande constance : le rêve lucide s'éloigne de notre vécu quotidien. Il surgit souvent dans les rêves lucides des objets fictifs, fantastiques (personne pouvant léviter, se téléporter, montre tournant en sens inverse, etc). 
 
Le contrôle que l'on peut exercer sur le rêve lucide est aussi très variable. Certains prennent conscience qu'ils rêvent, mais ne contrôlent pas leur déplacement. D'autres contrôlent leur représentation de leur corps mais pas l'environnement. Enfin, certaines personnes déclarent avoir pu contrôler quasi-entièrement leur rêve (eux même et l'environnement). Par exemple, s'ils souhaitent qu'un objet apparaisse ou disparaisse de leur rêve, cela se produit.  
 
Certains rattachent aux rêves lucides toutes les expériences mystiques dans lesquels le sujet déclare dialoguer avec des défunts ou entendre des voix. Les expériences hors du corps seraient peut-être aussi des rêves lucides. 
 
En gros, les rêves lucides sortent de cette catégorie de rêves dans lesquels on reconstruit sa réalité, projette ses désirs inconscients, sans que l'ensemble est une cohérence manifeste. Le rêveur conserve ses facultés de raisonnement (et a d'ailleurs tendance à beaucoup les solliciter pour expliquer le rêve pendant qu'il se produit). Tout cela implique pour revenir à nos moutons (que l'on ne comptera pas) un laps de temps important.

 

Ecrit par: Stephane le 26-08-2008

Merci pour cette explication! Il semble, d'après ce que j'ai pu en comprendre, que la suite de décision soit le principal argument qui remette en cause la théorie de J-P Tassin. Le constat de la suite de décision s'effectue sur ce qu'en raconte le rêveur, mais, ce qu'il raconte, pendant le moment durant lequel il rêve? ou à son réveil? dans le deuxième cas, peut être que rien ne permet d'affirmer que cette suite de décision est si longue qu'elle remette justement en cause l'idée de rêves très rapides?

 

Ecrit par: Aurel le 26-08-2008

Stephen LaBerge, spécialiste du rêve lucide, a montré qu'il n'y avait pas une forte distorsion de la perception du temps dans un rêve lucide. Il a demander à des rêveurs lucides de compter dix secondes dans leur rêve en envoyant un signal oculaire au début du décompte et un autre à la fin, et il a obtenu une durée moyenne équivalente à celle obtenue en faisant cette demande à l'état de veille. Maintenant, cela n'empêche pas les ellipses ou une reconstruction a posteriori du rêve à l'état de veille. Cela prouve juste que certains rêves se déroulent bien durant le sommeil et sur une durée atteignant au moins la minute. Rien ne permet néanmoins de généraliser les hypothèses valides pour les rêves lucides à l'ensemble des rêves.

 

Ecrit par: Stephane le 26-08-2008

Statu quo en attendant de futures arguments, alors. Mais ce sujet du rêve lucide est très intéressant et je te remercie de nous en avoir fait part.

 


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