 On peut tenter d’expliquer l’amnésie sous deux angles : pourquoi les patients oublient ? et qu’est-ce qu’ils n’oublient pas ?. Essayant de répondre à la première question, de nombreux auteurs ont tenté d'expliquer les raisons de l'oubli en se basant sur les modèles courants de la mémoire, à savoir, les trois processus d'encodage, de stockage et de rappel de l'information.
1. Hypothèse du déficit de stockageCertains auteurs ont pensés qu’il y a un déficit des processus de consolidation (la mémoire à long terme (MLT) est normale en effet en terme de structure, puisque les patients évoquent des informations... le seul fait de pouvoir évoquer quoi que ce soit prouve qu'on l'a en mémoire!), d’autres, un oubli accéléré.
Par exemple, Milner, (1966), relève le célèbre cas du patient HM, présentant une amnésie antérograde massive ; mais un enpan de mémoire normal (mémoire à court terme normale). Qui plus est, la mémoire à long terme et les mécanismes de récupération semblent normaux.
Ces théories ont été abandonnées : le rappel en reconnaissance est meilleur qu’en rappel libre, et la récupération est meilleure (et donc possible !) avec des indices. Huppert et Piercy montrent en 1979 que les patients amnésiques ont des courbes d’oubli normales : la proportion d'oublis dans le temps par rapport au nombre d'informations engrangées après un test, par exemple, est semblable. Ainsi, même si lors d'un même test, des amnésiques apprennent seulement 10 mots sur 100 par exemple, et les personnes normales, 50 mots sur 100, après une période de deux jours, les amnésiques auront oublié un mot sur les 10, tandis que les personnes normales auront oublié 5 mots sur les 50 qui ont été appris.
2. Théorie des niveaux de traitement (Craik et Lockart, 1972) : déficit d'encodageCes auteurs s'interrogent sur un éventuel problème de traitement : pour cela, ils font l'hypothèse selon laquelle, plus le traitement est sémantique (profond), meilleures seront les performances, ce qui suggèrera un déficit d’encodage. Des études ont montrés cependant que les amnésiques ne traitent pas ou peu les catégories sémantiques... Des informations à mémoriser peuvent être traitées à différents niveaux : le niveau de traitement à l'encodage détermine de la facilité de la récupération future : plus le traitement était profond, mieux l'information se rappelait. Chez les sujets normaux, la capacité de restitution avec le traitement superficiel est très inférieure à celle après un traitement sémantique. On parle de traitement superficiel par exemple lorsque les tâches que l'on fait faire au sujet sur le matériel (des phrases, des mots) relève d'un travail concernant les caractéristiques secondaires du matériel (par exemple, compter le nombre de voyelles, trouver des rimes). On parle de traitement profond, ou sémantique,quand le travail demandé au sujet concerne le sens du matériel qu'on lui présente (juger de la plausibilité d'une phrase, catégoriser des mots par exemple par leurs fonctions). L'hypothèse de départ était que les amnésiques encodent phonologiquement l'information (pas de traitement sémantique). Ils feraient donc plus d'erreurs de reconnaissance, sur des mots proches phonologiquement que sur des mots proches sémantiquement (tombe et bombe -> proche phonologie ; tombe et marbre -> proche sémantique). Cette hypothèse s'appuie notamment sur l'effet d'inhibition pro-active : si l'on fait apprendre aux sujets une liste de mots de fleurs par exemple, puis qu'ensuite on lui fait apprendre à nouveau une liste nouvelle du mots de fleurs, et ainsi de suite, un sujet normal voit ses performances de mémorisation diminuer car les mots de fleurs des listes suivantes se mélangent au fur et à mesure de l'apprentissage avec les mots des listes précédentes, lesquels sont sémantiquement très proches. L'observation de cet effet d'inhibition ne se rencontre que très rarement chez les amnésiques. De plus l'observation clinique semble confirmer l'hypothèse d'un codage préférentiellement phonologique pour les amnésiques... Trois objections cependant : - forcer le traitement sémantique chez les amnésiques ne normalise pas les performances
- les amnésiques ne présentent pas de problèmes de compréhension : il ne peut donc pas y avoir un problème dans l'encodage du sens, auquel cas la compréhension en souffrirait
- cette hypothèse d'un déficit du traitement de l'information n'explique pas la supériorité de reconnaissance en rappel indicé plutôt qu'en rappel libre, et n'explique pas non plus la régulière frange d'amnésie rétrograde (les amnésiques présentent régulièrement des troubles à se souvenir des jours précédents leur amnésie antérograde).
3. Troubles de la récupérationSelon cette hypothèse, les informations sont bel et bien stockées en mémoire à long terme, mais seraient inaccessibles volontairement. Cette inaccessibilité serait en partie due à une sensibilité accrue de l'interférence : impossible pour le patient de sélectionner une bonne réponse mémorielle parmi un flot de souvenirs émergeant à sa conscience...
Cette hypothèse se base en partie sur le travail de Warrington : il présentait des mots écrits de manière de moins en moins lisible (des trous dans les traits des lettres) et constatait que certains amnésiques se rappelaient mieux de mots fragmentés que de mots écrits normalement. Sa conclusion en était que la forme fragmentée des mots réduisait dans l'esprit du patient, le nombre mots susceptibles de correspondre à cette forme fragmentée lors d'une tâche de reconnaissance.
Là encore, les objections étaient nombreuses : il n'y avait pas de problème pour récupérer les informations d'avant l'amnésie: s'il y avait alors un déficit de récupération il aurait dû s'appliquer à toute l'information en mémoire. S'il existe un problèmes de récupération de l'information, il n'est pas indépendant de la mise en mémoire de cette information. de plus, si cette hypothèse était juste, alors certains mots présentant moins de mots leur ressemblant, devraient être plus facilement reconnaissables (par exemple,, le début cha... devrait induire plus d'erreurs de reconnaissance que le début de mot sty..., dans la reconnaissance de mot indicés). Or il n'y a pas de différence pour les amnésiques sur ce point-là.
Sur la base de ses constatations, et prenant naissance sur un concept né en 1972 d'un des spécialistes Français de la mémoire, une nouvelle théorie explicative fit alors son apparition, incluant un facteur déterminant, le contexte (à l'encodage, et à la récupération). Les théories contextuelles nous apprennent beaucoup sur les fonctions mémorielles, et ce d'une nouvelle façon : toute les notions de prototype, d'abstraction prennent un autre sens, le changement est radical par rapport à la conception classique de la mémoire... On parle alors de mémoire non-abstractive, par opposition aux conceptions classiques de mémoire abstractive. Bien que cette conception non abstractive ne soit pas partagée par l'ensemble de la communauté scientifique, elle semble apporter des réponses sur plusieurs points et permettre des applications utiles que vous pourrez découvrir au cours suivant. |
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