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Anosognosie et méta conscience de soi Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Section : articles, Catégorie : neuropsychologie

Proposé par Stephane Desbrosses, le 20-12-2007



L'anosognosie, une pathologie étrange et invraisemblableLe terme d'anosognosie est issu du grec -nosos signifiant "maladie" et -gnosis qui porte la signification de "connaissance", "conscience". Le préfixe a- privatif donne à l'ensemble la signification d'absence de conscience de la maladie.

1. Définition

L'anosognosie est donc le trouble relativement courant consistant à ne pas prendre conscience de son propre état pathologique, où de certains aspects de celui-ci.

Le concept est réellement dur à imaginer : pensez par exemple à un homme de 50 ans ayant un accident vasculaire cérébral, détruisant une partie des centres de la vision. Ce patient devient aveugle (cécité cérébrale/intégrative, par opposition à perceptive). Il se cogne contre les portes, ne sait plus se diriger correctement ou reconnaître objet ou visage... Mais surtout, il ne s'en rend pas compte! Cet état inquiétant plonge généralement l'entourage dans la perplexité, de même que le patient, qui, lui, s'étonne davantage de l'émoi qu'il provoque bien involontairement autour de lui, sans raison, de son point de vue.

2. Absence de conscience?

Il ne s'agit ni d'une simulation, ni d'une méthode coué, ni même encore une négation délibérée, mais bel et bien une absence de prise de conscience du trouble (ou d'une partie de celui-ci) : dans le cas précité de l'aveugle, lorsqu'on lui demande s'il voit, non seulement, il répond par l'affirmative, mais en plus, il nie toute infirmité en toute sincérité : il ne croit tout simplement pas l'entourage prétendant qu'il est devenu aveugle, car il a encore la sensation de voir....

Les exemples ne manquent pas en fait. De nombreuses pathologies cérébrales, comme les hémiplégies ou les démences, entraînent régulièrement une anosognosie. Virtuellement, tout trouble neurologique est susceptible d’entraîner une anosognosie.

Les démences peuvent aider à nous imaginer un aspect du phénomène : admettons que votre mémoire soit touchée, que celle-ci devienne de moins en moins efficace avec le temps. Si au début, vous vous rendiez compte de certains de vos oublis, et d'un problème de cette mémoire, il arrivera un moment où la déficience sera telle, que vous en oublierez vos oublis. Vous ne vous souviendrez plus que vous oubliez sans cesse, et vous n'aurez plus de raison vous poussant à vous questionner sur votre de votre déficience mémorielle. Vous perdrez ainsi la faculté de vous rendre compte, de prendre conscience, de ce trouble. C'est là une anosognosie progressive très courante chez les patients Alzheimer, par exemple.

3. Anosognosie brutale

Mais l'anosognosie se présente également sous des formes plus brutales, les exemples, là encore ne manquent pas : un patient qui n'a plus aucun contrôle sur sa main gauche (syndrome de la main étrangère) a l'impression que cette main, qui est la sienne, ne lui appartient pas. Il voit bien qu'elle est rattachée à son corps, mais "ce n'est pas la sienne, ce n'est pas lui". Oliver Sacks, grand spécialiste des anosognosies en tout genre, et des phénomènes neurologiques qui titillent l'entendement, décrivait ainsi le cas d'un patient qui prenait sa femme pour un chapeau : sa croyance était telle qu'il en jurait en toute bonne foi. Impossible de lui en faire démordre, il voyait tout simplement bien que sa femme était un chapeau... Extrêmement dur à imaginer, mais pourtant bien réel à la pensée du patient qui fut ainsi décrit. Le patient n'avait alors aucunement conscience de son trouble ni de la bizarrerie de ses pensées et de son comportement.

4. Anosognosie et Attention : L'héminégligence latérale gauche.

Une autre forme courante d'anosognosie se constate régulièrement dans les cas d'héminégligence gauche : certains patients ayant subi une lésion dans le lobe pariétal (et parfois occipital) droit, vont tout simplement ne plus jamais porter attention à ce qui se trouve dans leur hémichamp visuel gauche, ou de la partie gauche des objets sur lesquels ils focalisent leur attention (de même que la partie gauche de leur propre corps!). On voit ainsi ces patients ne mettre que la chaussette et la chaussure droite, ne manger que la nourriture qui se trouve à droite dans leur assiette... Ces patients ont également tendance à se cogner (toujours sans en prendre conscience) la partie gauche contre les portes...

Mais attention : ce n'est pas que ces patients ne voient pas ce qui se trouve à gauche : ils ne voient pas les parties gauches de ce sur quoi ils focalisent leur attention : qu'on leur présente une fleur à droite de leur visage, ils n'en verront que la moitié droite. Si on leur présente la même fleur à gauche de leur visage, ils n'en verront encore que cette même moitié droite. Et ne se rendront absolument pas compte à priori de l'absence de la moitié gauche, ne s'en questionneront pas, ni ne trouveront anormal, si on leur demande de la dessiner, de ne représenter que la moitié droite correctement.

L'entourage est généralement très sceptique face au comportement de l'héminégligent : n'habiller que sa partie droite, se cogner contre les embouchures gauches des portes... tout ça sans s'en apercevoir...
 
L'état anosognosique peut durer dans le temps voire s'intensifier, surtout dans le cas d'accidents vasculaires cérébraux répétés, les démences ou les affections neurologiques chroniques. En cas de lésions brutales ou d'accident cérébral sporadique, on observera généralement une rémission progressive. 

5. Méta conscience de soi

Ces anosognosies constituent une énigme pour les neurologues, elles mettent directement à l'épreuve les liens entre pensée consciente et trouble organique ; l'explication n'est pas simple, ces troubles semblent montrer que nous aurions à chaque perception ou commande cérébrale, une information envoyée à une sorte d'indicateur de fonctionnalité du cerveau : une lésion cérébrale rendrait impossible certaines perceptions ou commandes, mais si l'indicateur n'est pas touché, alors, le cerveau aurait tout de même l'impression que tout se déroule normalement, que l'information est traitée comme à l'accoutumée. Une théorie invraisemblable pour un symptôme qui l'est autant?

Certains spécialistes suggèrent ainsi qu'il existe en chacun de nous une méta conscience : pour chaque commande cérébrale envoyée ou chaque perception traitée, une commande ou une copie de la perception serait envoyé à un centre de conscience : ainsi, que la zone de perception réelle ou de commande, soit touchée, n'empêcherait pas le patient de "prendre conscience" du fait que l'information est traitée, ou la commande, envoyée, et ce, bien qu'elles ne le soient en réalité aucunement...
 
Cette hypothèse est par ailleurs illustrée par une récente observation impliquant un patient atteint de Vision aveugle : à l’inverse des anosognosiques, ce patient aveugle était convaincu de l’être, à tel point qu’il ne se risquait pas à marcher seul ou sans une canne. Pourtant, placé dans un couloir présentant des obstacles, le patient évoluait sans heurts, à condition qu’on l’encourage à essayer : il voyait les obstacles et avançait en conséquence, sans pour autant s’en rendre compte. Chez ce patient, on montrait ainsi que la prise de conscience du trouble était totalement dissociée des capacités réelles de perception. L’anosognosie est elle alors révélatrice de l’existence d’une méta-conscience, une conscience de sa propre conscience des perceptions et actions?

Le symptôme anosognosique garde encore bien des mystères...
 
(édition & mise à jour du 5 septembre 2011 : Du fait de l'actualité, j'ai reçu quelques messages me demandant des précisions sur l'anosognosie. Contrairement à ce que l'on entend aux infos, l'anosognosie n'est pas vraiment une maladie en soi mais davantage le symptôme ou la séquelle résultant d'un accident ou d'une autre pathologie, bien que l'on parle de syndrome ou trouble anosognosique. Dire qu'un ex-président de la République aurait la maladie anosognosie serait aussi incohérent que de dire qu'il souffrirait de la maladie du nez qui coule. Non, il aurait dans ce cas une grippe ou une autre maladie entraînant un écoulement nasal, mais le fait d'avoir le nez qui coule n'est qu'un symptôme... L'anosognosie s'apparente donc davantage à un symptôme unique ou un regroupement de symptômes (d'où son appellation parfois, de syndrome) mais ne survient pas indépendamment d'une autre raison médicale qui en est l'origine (AVC, traumatisme crânien, démences, etc...)
 
Dans le cas de Mr Chirac, bien que je ne puisse affirmer avec certitude, n'ayant pas eu accès à son dossier médical, il semble que le ou les AVC soient l'origine d'une éventuelle anosognosie. En elle même, l'anosognosie peut soit évoluer favorablement en l'absence d'autres accidents, ou empirer si d'autres AVC surviennent, ce qui implique que pour en estimer l'évolution, il faudrait connaître l'origine des AVC (dans le cas de malformation congénitale des vaisseaux sanguins/rupture d'anévrysme, il y'a peu de chances que cela se reproduise, mais dans le cas d'hypertension, par exemple, ou de cholestérol trop élevé, alors si ces aspects ne sont pas correctement pris en charge, les AVC peuvent se répéter)

Source : Connaissances générales
   

Mots-clés : anosognosie, méta-conscience, syndrômes

2 commentaire(s)

Ecrit par: Artis le 24-12-2007

Justement ce que je cherchais : merci. ^^

 

Ecrit par: Avigo86 le 03-03-2013

J'ai un proche dans ce cas et cela fait plus d'un an que nous sommes impuissants. Elle refuse de faire des examens et nous n'osons pas la forcer. Notre médecin, nous répète qu'il faut qu'elle se fasse examiner, bref c'est un dialogue de sourd, limite ubuesque dans certains cas. J'ignore s'il existe un moyen, par contrainte légale ou médicale de lui faire passer ses examens (scanner et autres, recommandés par son neurologue). 
Mais je pense que quelqu'un qui vous demande 100 fois par jour, quel mois nous sommes, entre autres délires et qui de surcroît refuse de se soigner quand on lui propose gentiment de le faire, n'est plus apte à assurer sa propre sécurité. Le fait qu'elle ai prise un boulevard en sens inverse en pleine journée, sans se faire arrêter, ni contrôler, n'arrange en rien la situation. Bref, quels sont les modalités légales et médicales de prise en charge de ce type de pathologie et surtout QUI est la personne morale ou physique à contacter dans ce cas. 
D'avance merci, car globalement j'ai le sentiment que les choses pourraient mal tourner (pour un proche en premier lieu et éventuellement pour la personne directement concernée). 
Moi-même étant atteint d'une maladie neurologique dégénérative et sans nom, je ne souhaite pas finir vautré dans mes excréments au milieu de mon salon (par non conscience de la maladie) avec ma famille continuant de vivre autour comme si tout était normal, car les lois sont absentes ou que les médecins soient dépassés, pour ne pas dire désintéressés.

 


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